10 points pour votre CV à l’international

Pour l’année qui arrive j’ai décidé de prendre une stagiaire, j’ai donc reçu une quinzaine de Cv et lettres de motivation d’étudiants et force est de constater qu’il y avait beaucoup d’erreurs dans la rédaction de ceux-ci. Pour ne pas en faire moi-même dans la rédaction de cet article je me suis armée de :  »  ma sœur » qui a des années d’expériences dans les ressources humaines, elle est intransigeante et clairement rigide sur le respect des normes des Cv et Lm. Voici ce qu’elle m’a appris : 

En moyenne un recruteur passe environ 20 à 30 secondes sur un CV il est alors indispensable de donner une bonne impression au premier coup d’œil.  Les 4 indispensables aussi bien valable en France qu’à l’étranger :

  1. Un titre clair : l’objectif doit vite être identifié
  2. Un agencement organisé (un CV c’est très visuel) cliquer ici pour avoir des idées.
  3. Mettre en avant les éléments de son expérience en lien avec ce que l’on chercher
  4. Décrire ses compétences en étant précis

De plus selon les pays, la culture et les lois en vigueur notamment celles sur la discrimination les normes des CV sont différentes.

*-*  Voici les 10 points à connaitre *-*

  • Ecrire dans la langue du pays

Autant que faire ce peu, si vous postulez dans un pays d’Asie et que votre interlocuteur est anglophone, choisissez l’anglais mais respectez les normes du pays en question. Méfiez-vous des traducteurs de langue qui ne prennent pas en compte la syntaxe et les expressions de politesse. L’idéal est de se faire relire par un natif du pays dans lequel vous postulez.

  •  Inscrire votre niveau dans la langue du pays

Les niveaux de langue ont un classement reconnue à l’échelle européenne, il est possible de passer un test de langue afin de classifier votre niveau. Vous pouvez aussi passer des tests reconnus comme le  TOFEL,  TOÏC.

  • Le nombre pages

En Irlande ou en Nouvelle-Zélande il est fréquent de voir des CV de plusieurs pages,  2 pages est un nombre suffisant pour ne pas ennuyer le lecteur. En Nouvelle-Zélande vous devez aussi mettre une introduction ou vous racontez votre parcours professionnel.

Faites aussi attention au format de page en fonction des pays, les USA,  par exemple, ont un format plus petit, laissez alors plus de marge afin de permettre une impression sans que celle-ci soit coupée.

  • La photo

Les lois relatives à la discrimination à l’embauche demandent de ne pas mettre de photo notamment aux USA, elle est tolérée en Irlande au  Québec et en Australie, cela va même jusqu’à ne pas stipuler votre sexe et la rubrique sur vos loisirs est très limitée.

Au contraire, en Italie la photo est recommandée.

  •  Détaillez

Notre formation et surtout nos expériences seront différentes des chemins classiques des résidents du pays. Il est alors conseillé de détailler ce que l’on a fait en quelques lignes (bilan séance en groupe ou individuel, médiation etc…)

  • Explication du métier 

Notre métier est difficile à expliquer, il l’est encore plus dans une autre langue et dans un autre pays qui n’en a jamais entendu parler. Vous pouvez alors joindre à votre CV ce document qui explique les compétences de notre profession reconnue en Europe.

  • Les recommandations

En Angleterre il est conseillé de laisser le contact d’un ancien employeur ou maître de stage ATTENTION demandez lui son accord au préalable.

  • Prix et bourse d’études

Plutôt apprécié dans les CV américains, indiquez si vous avez été boursier, si vous avez reçu des subventions ou gagné des prix. Indiquez si vous avez participé à la vie de votre université ou de votre ville. En Angleterre une rubrique « Miscellaneous » est à peu près similaire avec la mise en avant de votre esprit d’initiative.

  • Signature du CV

La signature et date du CV à la main se fait en Allemagne avec un état civil détaillé et un CV remontant jusque dans la primaire.

  • Les étourderies

Indispensable de rajouter le numéro de votre pays (+33 si vous êtes en France)  pour le numéro de téléphone et surtout votre mail. Rendez vous disponible par tout autre moyen de communication à distance  comme Skype, viber, whathapp, facetime etc… MAIS créez-vous une adresse simple et professionnelle.

 

Elise

Merci à Alix pour son expertise

Etre psychomotricienne à Boston

Témoignage d’une  Psychomot aux USA

Diplômée depuis juin 2014, j’exerce à temps plein dans une crèche de la région parisienne. Un soir de février 2015, mon compagnon me demande : « Ma boîte est en train d’ouvrir un bureau à Boston, ça me dirait bien d’y aller, qu’en penses- tu ? » Cest un choc pour moi qui ne suis pas voyageuse dans l’âme. Je pense immédiatement à mon métier qui n’existe pas aux Etats-Unis, au fait que mon anglais est assez médiocre et que je supporterais mal l’éloignement avec ma famille. Mais d’un autre côté, je sais que mon compagnon rêve depuis toujours de partir en Amérique, que c’est une belle opportunité pour sa carrière et qu’après tout, je n’ai rien à perdre à sortir de ma zone de confort. Après en avoir discuté avec notre entourage, notre décision est prise : nous partirons à Boston. C’est là que les difficultés commencent.

En effet, pas de départ si nous n’avons pas de Visa et j’insiste bien pour avoir un Permis de Travail, il est pour moi hors de question de ne pas pouvoir exercer. C’est l’entreprise de mon compagnon qui se charge des détails administratifs, il faut remplir de gros dossiers pour justifier le besoin d’employer un français aux U.S. et s’assurer que le Visa qui lui sera délivré me permettra d’obtenir un Permis de Travail. Notre projet de mariage est un peu bousculé et nous nous marrions civilement en août 2015 afin de faciliter l’obtention d’un Visa Dépendant pour moi. Rendez-vous à l’ambassade américaine à Paris en Septembre et nos Visas sont validés et arrivent dans la foulée. Une fois ces précieux papiers en poche, il ne nous reste qu’à définir une date de départ : nous partirons donc le 5 janvier 2016. Il nous aura fallu un an pour être en règle et prêts pour le départ. Une année de doutes quant à mon avenir professionnel aux U.S.

Dès que nous avons décidé de partir, j’ai contacté tous les syndicats de psychomotricité, les directeurs des écoles de formation et toutes les personnes susceptibles d’avoir des informations sur la psychomotricité aux Etats-Unis. Verdict : la psychomot n’existe pas là-bas, mais Jean-Michel Albaret me dit de contacter une psychomotricienne qui a fait reconnaître son diplôme à New-York City. J’ai pu discuter avec elle par Skype et il s’avère qu’elle n’a pas obtenu d’équivalence de diplôme comme je le pensais, mais seulement une équivalence de niveau : 3 ans d’études en France qu’elle a pu faire valider comme un niveau Bachelor. Elle ne pouvait donc pas travailler en tant que psychomotricienne, mais elle était également Instructrice en Locomotion en France, diplôme pour lequel elle a pu obtenir une équivalence américaine lui permettant donc d’exercer ce métier à NYC. J’ai également contacté les hôpitaux de Boston en leur expliquant tant bien que mal ma situation et en rapprochant notre métier à celui d’Occupational Therapist (qui correspond en fait à l’ergothérapie). J’ai pu faire un entretien avec le Boston Children’s Hospital, l’un des meilleurs hôpitaux du monde (Boston est en effet réputée pour ses excellents hôpitaux et universités : Harvard, MIT). La DRH m’a gentiment expliqué que, ne connaissant pas mon métier, ils ne pouvaient m’embaucher et que par ailleurs, pour être soignant (therapist) aux U.S., il fallait un minimum de 4 ans d’études. Malheureusement, sans équivalence je devrais recommencer les études sur place depuis le début. Voyant qu’il serait vraiment difficile de travailler pour les Américains, je me suis rabattue sur la population française. Par chance, mes parents ont des amis expatriés à Boston dont l’une des filles a un retard de développement et ils seront ravis de reprendre un suivi psychomoteur avec moi. J’ai ma première patiente avant même de partir ! Ils me mettent également en contact avec la directrice et la responsable du soutien scolaire de l’International School of Boston (ISB), une école française. Elles se réjouissent d’apprendre qu’une psychomotricienne arrive, elles ont en tête plusieurs enfants pour lesquels la psychomot serait vraiment bénéfique.

La date du départ est arrivée, je m’envole avec mon mari pour une toute nouvelle aventure ! La première chose que nous faisons en arrivant est la demande de mon Permis de Travail (elle ne peut se faire qu’une fois sur place), je dois donc attendre le mois de mars pour pouvoir travailler légalement. En attendant, je rencontre la directrice de l’école qui me propose de travailler dans l’école et dans ce cas-là, je dois passer un CORI-Check : les américains sont en effet très stricts et très prudents sur les personnes travaillant avec des enfants et ce check est obligatoire. Je dois donc aller faire enregistrer mes empreintes digitales et palmaires et envoyer un extrait de mon casier judiciaire au F.B.I. Je reçois les résultats un mois plus tard à peu près en même temps que mon Permis de Travail et me voilà presque prête à travailler : le dernier détail consiste à m’installer en auto-entrepreneur ce qui se fait en quelques clics sur Internet. Deux mois après notre arrivée je réalise ma première séance de bilan !

Les premiers mois filent à toute allure, j’adore Boston qui est une très jolie ville chargée d’histoire : il s’agit en effet du berceau de la Guerre d’Indépendance des Etats-Unis et les Bostoniens en sont très fiers ! Les gens sont gentils, souriants et indulgents face à mon anglais hésitant. J’arpente la ville dans tous les sens et la connais rapidement par cœur (il faut reconnaître qu’elle n’est pas bien grande). Mon anglais s’améliore à force de regarder des séries, d’écouter la radio, de parler aux chauffeurs d’Uber et de faire des babysittings avec des américains.

Professionnellement, je contacte une deuxième école française, plus petite et plus éloignée que l’ISB, qui me demande de suivre une petite fille pour une question de graphomotricité. Cette fois, le suivi se fera à domicile car l’école n’a pas de salle disponible. Les résultats de la prise en charge sont bons et l’école me demande de faire une formation sur la graphomotricité aux enseignants ! Me voilà, 2 ans après mon diplôme, à former d’autres professionnels; je suis stressée, mais n’ai que des bons retours. Je propose à cette école d’animer un After-School (temps de garderie) et je débute donc en septembre 2016 un groupe d’Expression Corporelle une heure par semaine. Le bouche à oreille fonctionne bien, des parents me contactent sur les conseils d’autres parents, de l’école ou des orthophonistes françaises avec lesquelles je suis en relation. Au bout d’un an d’expatriation, j’ai 7 patients que je vois à domicile 1 à 2 fois par semaine. C’est peu, mais c’est tellement plus que ce que j’imaginais lorsque mon mari avait évoqué Boston pour la première fois ! Par ailleurs, mes jeunes patients étant tous à l’école jusqu’à 15 heures, je ne travaille en psychomotricité que les après-midis. Aussi, pour m’occuper les matins, je travaille au Centre Culturel Français où j’aide à organiser des expositions, des conférences, des projections de films… Cela me permet de rencontrer des familles françaises et américaines et de parler un peu de notre spécificité.

Le chemin n’a pas été facile, j’ai connu de gros coups durs : le manque de ma famille, les difficultés d’adaptation à une culture différente, à un mode de vie et de pensée différent. Mon anglais est certes meilleur, mais pas suffisant pour travailler dans le domaine médical. J’ai dû, et dois encore parfois, faire beaucoup d’efforts, prendre sur moi pour oser contacter certaines personnes. Même dans la vie quotidienne je suis parfois épuisée à l’idée de devoir sortir et me forcer à parler aux américains. J’ai été confrontée à beaucoup de refus et d’échecs qui ont, à force, affecté ma confiance en moi. J’ai la chance de ne pas être seule et d’avoir un mari qui me soutient et qui m’aide énormément, mais certains jours (voire semaines) sont très difficiles.

J’ai plusieurs projets pour les années à venir : je voudrais me former au massage bébé et au portage physiologique pour aider les jeunes mamans françaises qui ne se sentent pas suffisamment accompagnées ici (elles sortent de la maternité le lendemain de l’accouchement quand tout va bien), j’aimerais participer à une formation sur l’autisme quasiment inconnue en France, rencontrer des Occupational Therapists, Recreational Therapists et Play Therapists qui ont des métiers similaires au nôtre afin de comprendre quel est celui qui nous ressemble le plus… Mon plus gros challenge à présent est de parvenir à travailler aussi avec la population américaine, je pensais y arriver plus rapidement, mais je n’ai pas encore trouvé la bonne formule un an et trois mois plus tard…

Si je ne devais retenir qu’une chose de cette expatriation c’est que ce n’est pas parce que notre métier n’existe pas dans un pays que l’on ne peut pas l’exercer quand même ! L’important est de comprendre et d’identifier les besoins de la population locale et de proposer, créer, inventer, se réinventer, repousser ses limites, bref, d’être psychomot !

Marie Freiche

marie.freiche@gmail.com

Propos recueillis par Elise

2 atouts majeurs en Solidarité Internationale

Vous voilà engagés pour partir pour une mission de Solidarité Internationale, c’est tout à votre honneur. Maintenant place à quelques interrogations et non des moindres. Parmi toutes vos questions, une va revenir presque systématiquement :

« Comment va se passer la mission ? »

Personne ne pourra le prédire avec précision ni les instituts de sondage ni les marabouts de la Gare du Nord. Mais la petite astuce est de garder en tête deux atouts majeurs qui te sauveront quelque soit ta mission et où que tu ailles :

-x- ADAPTATION & TEMPS -x-

 Ce seront tes alliés, c’est la règle d’or il faudra apprendre à bien les utiliser, à les définir, les organiser, les chérir, les expérimenter, les ajuster. Bref, ça sera ta base, on va prendre un peu de temps ensemble pour les décrire plus en détail :

  • Premier temps : la préparation

Comme on l’a vu précédemment dans  » Solidarité Internationale, oui, mais pourquoi ? », questionner ses motivations va être le socle de votre investissement dans le projet.
Se rajouteront les idées, les échanges entre membres d’équipe si vous avez de la chance de partager l’expérience à plusieurs voir même échanger avec d’autres membres de l’association qui sont partis avant nous et connaissent les lieux : c’est un véritable plus.

* Idée *  : Utiliser la carte de « la trace », le concept est simple : un petit cahier de transmissions, tel le flambeau, qui se passe de génération en génération avec des notes importantes que chaque équipe se transmet.

Ne restez pas focaliser sur votre projet, échanger sur la langue, la culture, essayer de vous renseigner sur le pays, son histoire, mais aussi sur vos lieux d’intervention, menez l’enquête, projetez vous, imaginez vous, préparez vous et ça vous aidera à vous adaptez et à anticipez vous sur place.

*Idée * : pour la préparation d’une mission par exemple,  se rendre à l’ambassade où il est courant qu’ils organisent ou qu’ils vous renseignent sur les événements culturels. Manger dans le restaurant du pays dans lequel vous vous rendez pour vous familiarisez avec la nourriture (part très importante de la mission) !

Si vous ouvrez la voie et n’avez pas d’autres regards, ni de possibilités d’échanger, « don’t panic », construisez un projet solide, cohérent, et détaillé, quitte à en prévoir beaucoup vous vous ajusterez sur place.

  • Le temps primordial : l’observation

il existe une réalité déstabilisante entre le projet initial que l’on compose , l’on tisse avec le temps et la vie sur place. Le projet de base se situe en général dans une moyenne très large entre illusion et réalité. Difficile de prévoir chaque détail lorsqu’on part dans un endroit inconnu, il est souvent improbable voir impossible qu’il colle parfaitement du premier coup :  ON DOIT S’ADAPTER !
Les temps d’observation sont très important, ils vont permettre en équipe de modifier le projet et de l’adapter au mieux. A ton œil de lynx, essaye d’être objectif, d’adapter ton regard, ta distance, et surtout communique.

Il est primordial de faire attention aux lieux où nous intervenons qui sont souvent fragiles. Il faut donc prendre le temps qu’il faut, et surtout échanger avec les gens sur place qui y travaillent. Il faut favoriser la communication. poser des questions aux gens qui encadrent la mission.

Enfin il faut instaurer un cadre temporel qui va protéger tout le monde, en partant de vous, aux gens que vous rencontrerez, la structure où vous interviendrez. Ainsi il sera primordial de prendre le temps d’expliquer dès le début que nous intervenons sur combien de temps à vous d’être créatif pour matérialiser votre temps sur place à l’aide de frise, de fil rouge, de thématiques, de délimiter des temps forts qui marquent le début et la fin de la mission. Et encore une fois ATTENTION à l’adaptation du temps, culturellement c’est une donnée très subjective, et pour pouvoir la quantifier à vous de trouver des terrains d’entente temporelle !
Par exemple si on se met d’accord  sur un projet en demandant à l’équipe sur place que tout doit être prêt demain et se rendre compte que le lendemain rien n’est encore prêt,  ce n’est pas qu’on ne vous a pas écouté ça peut être juste une histoire de vocabulaire ! On se rend compte alors que notre « demain » n’est pas forcément le leur. Restez attentifs mêmes les traductions peuvent être trompeuses !

Temps sur place = Temps ingérable ?!

L’un des temps les plus difficiles à gérer est le temps sur place, déjà parce qu’il faut s’adapter aux rythmes ! Les rythmes sont complètement différents en fonction des pays, de la culture, et des fois il faut revoir ses codes temporels voir y faire une croix pour s’adapter à de nouveaux plus rapides ou plus lents et ce n’est pas une mince à faire ! Un véritable défi de se débloquer de nos habitudes temporelles, rajoutez à ça un décalage horaire, un nouveau rythme de vie, il va falloir tout revoir, cycle de sommeil, temps de travail, ton corps va d’ailleurs pas se gêner de le te faire ressentir !
Sur place il est difficile de tout gérer, ce sont des moments très riches à vivre. Et là à chacun son ressenti, certains vont trouver que le temps file à une allure, et d’autre vont trouver le temps assez ralenti.
Quoiqu’il arrive,sur place il faut savoir anticiper et donner des priorités. Lors de ces missions, les verbalisations sont plus que nécessaires elles sont vitales pour le travail en équipe mais aussi sur un plan personnel, il ne faut pas hésiter à se ménager, et à toujours faire en sorte que les différents temps soient bien organisés. Prendre le temps de recul nécessaire après une journée, de reprendre l’organisation, de voir si des réajustements sont possibles.

Le temps est notre allié, pas notre ennemi, et même si on se sent dépassé, notre adaptation nous permet toujours de réussir au mieux de surmonter nos échecs, de nous réajuster et de progresser !

  • Il était une fois,  une fin…

Et comme le projet et le départ se préparent, le retour se prépare aussi. Souvent oublié, négligé, le retour constitue pourtant une très grosse partie des missions. La réussite des projets dépend de cette préparation au retour tant sur place avec les institutions qui nous accueillent que pour nous. Mais nous reviendrons sur ce point important qu’est le retour dans un autre temps !

Youssra

Une expérience forte en Haïti

Peux-tu nous en dire plus sur ton expérience en tant que psychomotricienne en Haïti ?

Je suis partie en Haïti pendant un an et demi pour intégrer un projet spécialisé auprès de personnes amputées. Ce projet avait pour but de proposer des soins autour des troubles psychomoteurs faisant suite à l’amputation. Notre travail était d’abord axé sur la prise en charge de la douleur, des sensations fantômes et dans un second temps sur l’intégration de la prothèse. Il y a eu également un vrai travail de sensibilisation de l’approche de la psychomotricité auprès de professionnels haïtiens.

Comment as-tu découvert ce projet ?

En cherchant des articles pour mon mémoire qui portait sur l’amputation et ses remaniements corporels, j’ai lu un article de Me Junker – Tschopp (Psychologue et doctorante en neuroscience ; professeur à l’école de psychomotricité de Genève) sur son intervention aux entretiens de Bichat.
J’ai alors pris contact avec elle, après quelques échanges sur mon mémoire et sur nos pratiques respectives, elle m’a appris qu’un poste était à pourvoir à partir du mois d’août 2014. J’ai donc participé au recrutement, après beaucoup d’hésitation, de doutes, d’appréhension et, un mois après mon diplôme, me voilà en vol pour Haïti avec cette impression faire un saut dans le vide!

Tu peux nous expliquer dans quel cadre tu es partie et comment était la structure dans laquelle tu es intervenue ?

Je suis partie dans le cadre de l’université de Genève, et plus précisément la HETS ( Haute Ecole du Travail Social ) qui m’a embauché en tant qu’assistante de recherche.
Nous travaillions dans une structure très indépendante non rattachée à un hôpital (malgré de nombreux essais de partenariat avec les structures faits par la cheffe de projet.)
Le projet a beaucoup évolué au fur et à mesure qu’il se déroulait, l’équipe se composait  principalement de : 2 psychomotriciennes françaises, de 2 techniciens de réadaptation (formation organisée par Handicap International, mêlant des compétences en kinésithérapie et ergothérapie.) Il y avait aussi une ergothérapeute, puis un orthoprothésiste du Salvador et un orthoprothésiste haïtien qui nous ont rejoint sur une partie du projet.
Une secrétaire, un gardien, une dame de maison, ils ont été très importants dans le cadre de la mission car ils ont participé à de nombreux échanges notamment sur la culture.

Comment l’aspect culturel entre en compte dans le cadre de vos prises en charge ?

L’aspect culturel a forcément un impact sur la prise en charge car le monde du soin a une représentation différente en Haïti. Les croyances sont différentes, les connaissances en matière de santé également. Les croyances religieuses sont intriquées aux soins. Par exemple on a pu entendre par certains patients, que c’était le Bon Dieu qui a mis notre centre de thérapie sur leur chemin. Il n’était pas rare d’entendre « si Dieu le veut » alors que l’on parle seulement du rendez-vous suivant. On entendait souvent les patients nous parler de leurs prières pour faire diminuer la douleur, ou encore pour que l’autre membre ne soit pas amputé. Il a eu un grand rôle dans l’éducation thérapeutique, le but étant de rendre actif le patient de sa prise en charge.

Les croyances vaudou sont également très ancrées car elles sont une forme de croyance religieuse en Haïti, et peuvent influencer le sens qu’il va être donné à leur maladie/amputation/sensations fantômes…

Par exemple : un patient nous a raconté avoir été amputé des 2 bras, car des « diables » l’auraient « jeté sur des fils électriques ».  Une patiente était persuadée que son accident de moto (qui a engendré son amputation) aurait été causé par un sort, une malédiction lancé par une personne malveillante qui lui voulait du mal. Un autre patient nous a raconté que lorsqu’il était à l’hôpital, il était tellement douloureux au niveau du pied fantôme (douleur sous forme de crampes très fortes), il avait alors demandé à sa famille de desserrer les lacets de sa chaussure restée chez lui, en espérant que cela atténue la douleur…

Le grand avantage c’est que nous travaillions en binôme psychomot – technicien de réadaptation. Les techniciens de réadaptation ont joué un grand rôle dans la traduction au départ, le créole étant la langue majoritairement parlé par les patients, les techniciens ont joué un rôle important d’intermédiaire en nous aidant avec la barrière de la langue mais aussi en étant des médiateurs culturels.

Est-ce que dans le cadre de tes prises en charge tu peux nous donner quelques exemples de l’adaptation de tes outils de travail ?

Pour travailler la réappropriation du schéma corporel et de l’image du corps, il faut partir de la dénomination des différentes parties du corps. Et on s’est rendus compte que cette dénomination n’était pas la même qu’en France.  En créole haïtien, la main pouvait signifier la main jusqu’à l’épaule. Il fallait alors instaurer une sorte de cartographie, afin de travailler la prise de conscience corporelle, et arriver à définir ses sensations. Commence alors la mise en place de tout un travail de perception, d’affinage au niveau des sensations, qui est un travail primordial auprès des personnes amputées.

Ensuite il est courant, qu’en centre de rééducation en France, je propose aux patients de travailler le schéma corporel et l’image du corps à travers un dessin de soi. Or en Haïti, c’est quelque chose qui m’a été difficile de mettre en place, les patients étaient très peu à l’aise avec l’outil graphique.

C’est pareil pour le travail sur la douleur, on s’est vite aperçus que les échelles de douleur numérique étaient trop abstraites pour une part des patients, on a du adapté pour certains en proposant d’utiliser des billes (10 billes, le patient prenait le nombre de billes qui correspondait à sa douleur).

Enfin il existe que très peu d’aménagement pour les personnes handicapées, les personnes avaient du mal à se rendre jusqu’au centre, le moyen de transport local, le tap-tap (pick up avec une tôle au-dessus pouvant contenir 10 à 12 personnes à l’arrière) se monte avec une corde ou marche pied assez haut en général. Nous avons donc réfléchi à l’aménagement d’un moyen de transport qui pouvait les ramener jusqu’à notre structure . Pour créer ce tap-tap adapté, nous avons fait appel à un menuisier qui nous a créé un escalier adapté.

 

Claire Demay

demay.claire@yahoo.fr

Pour plus d’informations : http://www.cerpa.ht/

 

Propos recueillis par Youssra

Merci à Alice et Laurent 😉