Mon année de césure au Canada – échange à l’Université de Montréal

En juin 2015, à la fin de ma deuxième année d’études, j’ai eu le plaisir d’apprendre que ma candidature pour l’échange en Psychoéducation à l’Université de Montréal (UdeM) avait été retenue.

L’IFP de la Pitié-Salpêtrière possède plusieurs partenariats avec des universités à l’étranger, notamment à Buenos Aires et à Montréal. Cette même année, nous avons été quatre étudiantes à profiter de ce « bonus » dans notre cursus. La filière en Psychoéducation, « bio-psycho-sociale » comme elle se veut être répertoriée, comprend des domaines d’études aussi variés que la psychomotricité ; seulement, le vécu corporel n’y est pas considéré… Rien à voir donc. Mais voilà : un échange représente selon moi beaucoup plus que des études ; c’est une expérience de vie intense, à la rencontre de ses propres limites qui pousse à évoluer.

C’est un désir d’expérimentation, de changement et de maturité qui m’a poussée à candidater puis à sauter le pas et partir.

Aborder un point de vue différent sur l’humain et un autre système de soin a constitué mes apprentissages majeurs à l’université. J’ai pu choisir différents cours entre les trois années du cursus de Baccalauréat (équivalent Licence en France) sachant que pour exercer en tant que Psychoéducateur ensuite au Québec, il faut aller jusqu’à la Maîtrise (équivalent Master en France).

J’ai découvert un autre système pédagogique, d’une grande richesse : les étudiants sont placés au même plan que les professeurs, et la transmission se fait (parfois) selon un réel échange à double sens. Je retiens surtout deux cours aux contenus particulièrement enrichissants pour la future psychomotricienne que j’étais : Relation psychoéducative, qui étudie les courants humanistes de la relation de soin (une simple option il y a deux ans) et Intervention en contexte autochtone, qui à première vue s’élabore autour d’un contexte très spécifique (auprès des populations des réserves ou émigrées à Montréal) mais la professeure est parvenue à l’élargir pour nous faire approcher un concept fondamental en psychomotricité : celui de la rencontre avec l’autre, un être différent, culturellement parlant certes, mais comme peut déjà l’être mon voisin finalement… Les grands enseignants sont avant tout des individus d’une grande humanité et humilité ; ce ne sont plus les disparités de domaines qui comptent alors mais bien le partage des visions sur lesquelles nous rejoignons une forme d’universalité de considération de l’humain et de son existence. Deux très belles rencontres, vous l’aurez compris !

je n’ai qu’une recommandation : oser ! Oser partager, parler de cette profession qui nous passionne, de ce que l’on a appris à faire, à voir chez l’autre et qui peut compléter des besoins que l’on ne sait pas encore existants parfois. À ce titre, il est important de communiquer, avec les concepts utilisés et compris sur place, ce qui demande une adaptation du vocabulaire et des méthodes, ainsi qu’une bonne compréhension du fonctionnement des milieux universitaires et de soins à la population. Pour donner un exemple tout à fait personnel, j’ai recontacté une de mes professeurs à la fin de cette troisième année pour lui envoyer mon mémoire. Cet échange spontané, un an après notre simple rencontre prof-étudiant a, par de multiples détours, amené une de nos collègues à Montréal à assister à un regroupement de recherche transdisciplinaire en pratique participative.

Ensuite, pour ce qui est des opportunités de travail, les psychomotriciennes expatriées sauraient mieux vous en parler, mais voici les éléments que j’ai retenus. Nous pouvons être recrutées comme « faisant fonction d’éducatrice », mais pas comme psychomotricienne en tant que telle dans les structures publiques de soin. Cela requiert un ordre professionnel, et le milieu administratif québécois est particulièrement tatillon dans ce domaine. Par contre, des postes ont été créés par des collègues présentes depuis plus ou moins longtemps dans des centres et associations privés, ainsi qu’auprès d’écoles. Il semble que nous ayons également à gagner à nous faire connaître auprès des structures communautaires en se portant bénévole dans un premier temps. Nous avons été recrutées avec la deuxième étudiante en échange comme bénévoles-stagiaires au sein d’un des seuls centres dirigés par une psychomotricienne à Montréal. Une belle expérience très formatrice également, durant laquelle nous avons eu presque carte blanche pour monter trois groupes de psychomotricité avec des jeunes enfants TSA entre 2 et 6 ans, et ce sur une période de trois mois. La rédaction des comptes-rendus à la fin nous a demandé de moduler notre façon de faire afin de communiquer avec les parents et l’équipe en trouvant un langage commun. Cela n’est pas évident, mais primordial !

A mon sens, un des obstacles à l’exercice des psychomotriciens au Québec est la demande de pratiques « basées sur les preuves ».

Cependant, les psychomotriciens peuvent peut-être participer à la revalorisation du subjectif comme élément de connaissances, afin de ne pas renier des aspects émotionnels et relationnels difficilement mesurables. Le courant humaniste à ce titre peut surement être une bonne source d’inspiration, reconnue dans les pratiques psychosociales au Québec. Un grand intérêt est aussi présent culturellement autour de tout ce qui concerne les pratiques corporelles (yoga, qi gong, etc.) mais elles ne sont pas reprises dans le domaine du soin. Toutefois, de nombreux étudiants, professeurs et professionnels commencent à s’intéressent à la méditation, car pratique prouvée scientifiquement depuis peu et appartenant à ce qui est appelé la troisième vague en thérapie cognitivo-comportementale.

Enfin, concernant les aspects personnels, j’ai eu l’opportunité de participer à la troupe de danse de l’UdeM durant toute l’année avec un spectacle final génial (grâce à la grande écoute et sensibilité du chorégraphe Sébastien Provencher) reproduit en festival à la rentrée 2017, de participer à des ateliers de méditation hebdomadaires à l’université, de découvrir l’Ostéoyoga. Certaines rencontres ont été forte comme celle de mon compagnon qui m’a rejoint en France. Malgré le grand respect (j’insiste) des québécois, intégrer un groupe d’étudiant n’a pas été facile. Montréal reste une ville superbe, accueillante et où je me suis sentie « libre » (surtout en tant que femme) ; l’hiver y est difficile, même pour les natifs, mais elle offre de belles particularités et surtout, le Québec qui l’entoure est une ressource intarissable de voyages uniques et inoubliables.

Pour ce qui est de la psychomotricité, je ne l’ai à aucun moment perdue de vue. Au contraire, confronter mon regard à celui d’autres professionnels m’a permis de prendre conscience de mes spécificités. Cette année en plus du cursus classique, m’a permis de « digérer » mes deux années précédentes, cette respiration n’en a été que plus bénéfique pour l’aboutissement qu’a constitué ma troisième et dernière année. J’en suis revenue d’autant plus convaincue et éclairée sur les directions que je souhaite désormais prendre ; j’ai déjà commencé à en suivre quelques-unes !

Lucie Pifteau

l.pifteau@gmail.com

 Propos recueillies par Elise

Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *