Ces patients ici venus d’ailleurs

C’est durant un rendez-vous parents que j’ai pris la décision d’écrire sur le sujet. Après le diagnostic de surdité couplé à une dyspraxie, les parents de Sélim ont traversé la mer dans l’espoir d’offrir les meilleurs soins à leur fils. Aujourd’hui, encore ils se battent avec l’administration pour rester sur le sol français.

Cette famille, dont l’histoire est celle d’un grand nombre de mes patients, pour je ne sais quelle raison m’a particulièrement touchée. La façon de raconter de la maman, la sincérité dans le regard, ou le simple fait de raviver en moi le besoin de réfléchir sur cela.

Je me questionne et j’observe sur ce déracinement, sur la résilience de ces jeunes. Sur l’entraide, l’identification…

Je me souviens de cette jeune ado atteinte de surdité profonde, fraîchement arrivée d’Afrique, sans aucun moyen de communication depuis la naissance. En l’espace d’une année scolaire, elle a commencé à lire le français, à compter et à s’approprier la langue des signes française comme la sienne. L’histoire se répète pour cet autre petit bout de 4 ans dont la maman a fui un mariage forcé. Par voie terrestre, en passant par la Libye, elle est arrivée en France en espérant le meilleur pour son fils. Son envie d’apprendre est incroyable, à chaque séance il ouvre grand les yeux pour ne rien perdre de ce qu’il va se passer.

Les jeunes ont envie d’apprendre ils sont prêt et nous mettent au défi d’être à la hauteur de leur gourmandise de savoir. Leur capacité d’adaptation après un déracinement m’a toujours surpris. Cette résilience était plus faible pour mes patients en maison de retraite. Certains m’ont parlés de leur expulsion de Tunisie ou d’Algérie vers la France où il ne se sont jamais sentis à leur place. Cette douleur se ravivait un peu avec le déménagement en EHPAD souvent contre leur grès.

Dans les instituts ils y a ceux qui retrouvent leur histoire et leur culture dans les autres. J’avais déjà observé cela dans mon lycée (clichés oblige, j’étais en banlieue dans une zep) ou en début d’année les gens se groupaient un peu par ethnie et puis à la fin de l’année par affinité. Bien sur, venir du même endroit avoir une culture, une langue commune, faire partie d’une communauté ou d’un petit groupe rassure. On le voit nous même en voyage avec les « ha vous êtes français ? » qui initie un grand nombre de rencontre et de discussion.

Ce regroupement je ne l’ai observé uniquement chez les ados, un processus de création de l’identité en plus du besoin de réassurance peut être. Cette démarcation n’intervient pas dans les mises en place du lien avec l’adulte, nous faisons d’abords partie du camp des adultes avant toutes autres considérations d’âge de sexe, d’origine… ou plus communément appelé “les vieux”.

Il n’en est pas moins qu’à l’institut ce regroupement nous donne l’occasion de voir naître de belles amitiés. Les influences réciproques des jeunes ne sont pas toujours positives. Parfois on voit naître de beaux moments de partage comme un merveilleux duo de percussion de tambour Malien. Sans oublier tous les moments conviviaux de l’institut où les familles sont invitées à amener de la nourriture. Ce n’est pas ma gourmandise ou ma soif de découverte qui en dira le contraire.

Parfois le handicap demande de renoncer à certaine coutumes, c’est un travail en partenariat avec les parents. Renoncer à utiliser la mains droite quand un jeune dyspraxique gaucher souffre d’utiliser « la main du diable ». Regarder les visages et dans les yeux pour les enfants sourds quand cela est vécu comme un affront dans certaines cultures mais indispensable au déchiffrage de la communication non verbale. En générale une discussion avec la famille en présence de l’enfant suffit à expliquer les choses pour qu’elles soit acceptées.

Il y a aussi toutes ces aberrations de la culture et société française : Pourquoi la fourchette et le couteau alors qu’un enfant IMC mange tellement plus aisément avec les doigts ? Il en existe de toutes les torsions des couverts adaptés. Cela fait une belle métaphore de l’adaptation qu’on leur demande. Vaste débat entre le pragmatique et la bien séance.


Il y a tout ce travail de trouver sa place dans la société française. En tant qu’handicapé, qu’immigré, avec les discriminations qui se multiplient. Cela ferait un bon sujet de mémoire sur l’identité tout ça.

 Amis étudiants à bonne entendeur …