Solidarité  : Cette graine plantée dans un pays lointain qui germe en nous

Je ne me suis jamais intéressée à l’humanitaire, c’est plutôt lui qui a su me trouver.

Un beau jour, alors que je travaillais tranquillement dans l’institution,  ma collègue orthophoniste me demande si je serais intéressée par une mission humanitaire ! J’apprend qu’elle est présidente d’une association qui s’appelait « Solindo ». Comme elle connait ma pratique elle me voit bien m’engager dans cette aventure.

Tout d’abords, je décide d’assister à une première réunion pour découvrir l’association. Puis une deuxième, pour mieux comprendre la philosophie, de celle-ci. Puis une troisième pour parler des actions de l’association, Puis encore une autre, puis encore une autre et me voilà engagée dans celle-ci comme bénévole.

La mission que je devais faire n’a finalement pas eu lieu, faute de temps pour la préparer. Loin d’être un échec cela m’a donné tout le temps de m’approprier les valeurs de l’association que je pourrais transmettre durant la mission.

En septembre 2007 nous nous sommes attelés à la création du projet de la mission. Les missions précédentes avaient montré que l’intervention d’une équipe de paramédicaux dans les écoles étaient peu productives. Les équipes sur place ne se montraient pas intéressées et l’alliance entre l’équipe et les professionnels était fébrile. C’est fort de cette expérience que nous avons choisi de changer le format de la mission.

Cette mission serait une formation aux étudiants « instituteurs spécialisés » de l’université de Yogakarta sur l’ile de java en Indonésie. Le simple fait de monter un projet était déjà une découverte pour moi. J’ai adoré voir comment un travail colossal en septembre devient tout à realisable en août.

Construire des cours théoriques et pratiques était une première pour moi ainsi que pour l’association. De nombreuses inconnues persistaient : « Quel est le contenu de la formation des étudiants ? A t-on réellement quelque chose à leur apporter ? Où vont-il exercer après ?  » 

L’équipe que nous formions, moi, psychomotricienne, accompagnée de deux orthophonistes, devions trouver un accord. Tout d’abord, Sur notre statut:

« Nous ne somme pas des enseignantes qui vont délivrer un savoir mais des professionnels qui vont partager leurs connaissances et leurs expériences.

Nous voulions que cette formation soit une co-construction avec les apprenants pour répondre au mieu à leurs questionnements.

Nous avons choisi le thème du « développement de l’enfant ordinaire en parallèle avec le développement de l’enfant porteur de handicap ». Durant 9 mois nous avons rédigés les cours théoriques, élaborés les cours pratiques le tous soutenu par des réunions régulières entre nous et avec tous les membres de l’association.

Puis, le moment de partir est arrivé, c’était ma première fois en Asie. D’un coup, j’ai été plongée dans le mode de vie des locaux : tirer l’eau du puit pour me laver, dormir sur une natte et manger local. À paris, je mangeais dans les restaurants asiatiques mais ça n’avais définitivement pas les mêmes textures, les mêmes saveurs. Vivre à l’indonésienne fait aussi partie de la mission, à mon sens. Expérimenter le mode de vie, c’est aussi se rapprocher de leur mode de penser, de mieux comprendre les besoins et simplement rendre la rencontre possible. Un hotel avec déjeuner occidental m’aurait paru complètement en dècallage. 

Nous avons commencé à dispenser des cours avec l’appuis d’un interprète. J’ai appris à parler devant une assemblé de personne et à gérer mon trac. Avant cette experience jamais je n’aurais pensé faire de la formation. Cette expérience m’a d’abord prouvé que j’en étais capable et que cela me plaisait. Les étudiants se sont montrés intéressés. À la fin de celle-ci, belle récompense, une convention à été signée avec l’université pour pérenniser le projet.

De retour de mission, J’ai continué à être présente dans l’association, dans la recherche de fond et la vie de l’association. Je ne voyais pas le sens que ça aurait eu d’être juste une « partante » de plus. Il a été évident pour moi que je devais repartir. En fin de mission nous avons demandé aux étudiants de remplir un formulaire de satisfaction dont le résultat à été très encourageant. Nous repartons, c’est décidé cette fois l’équipe se compose d’une éducatrice spécialisé, une orthophoniste et moi même. Forte de la première expérience, la deuxième mission se construit avec moins d’inconnues. 

Cette fois, nous avons choisie d’utiliser la vidéo comme support théorique en filmant nos séances en France. Ce fut d’abord une source d’apprentissage pour moi même, en observant mon travail sous un autre angle. Cela à permis de mettre des images sur nos explications, sur notre travail, mais aussi sur nos loupés. Les vidéos ont suscités de nombreuses discussions et débats. Une fois encore l’expérience est très enrichissante.

Je choisi de ne pas participer à la troisième mission pour me concentrer sur ma reprise d’étude avec le master santé. En effet voilà 10 ans que je suis psychomotricienne et je souhaite valoriser mes connaissances dans la coordination et l’organisation d’une équipe ainsi que m’ouvrir professionnellement. J’adore jouer avec cette dynamique et synergie entre les personnes de différents horizons pour les amener à construire quelques choses ensemble, cela c’est en mission que je l’ai découvert. Pour les missions suivantes, je me place comme coordinatrice des équipes de terrain. Je les aides à élaborer leurs cours et je m’occupe de toutes l’organisation technique.

Ma réflexion sur l’humanitaire à aussi évoluée. Souvent on pense que l’on pars quelque part pour donner un petit coup de main, mais, être bénévole s’avère être un engagement prenant qui demande d’investir du temps, de l’énergie physique et mentale. J’ai toujours pris des vacances après les missions que j’ai faite. Je suis aussi partisante du : « faire c’est bien , transmettre c’est mieux » . Sans se placer comme le détenteur de la connaissance on a tous quelques choses à transmettre et on peut tous apprendre de l’autre.

D’autre part, il me parait essentiel d’adhérer aux valeurs de l’association, que la mission soit en accord avec nos capacités et surtout nos limites. De bien ce questionner sur les implications que va nous demander l’association personnellement mais aussi financièrement. Il y a des missions où il suffit de payer pour participer, d’autres qui demandent une recherche de fonds et un investissement personnel sur du long terme. Une introspection peut aussi s’avérer intéressante. Pourquoi a-t-on ce besoin de se sentir utile ? Essayons nous de nous acheter une conscience?

Continuer dans cette même association m’a donné l’opportunité de constater l’évolution des étudiants, à travers eux j’ai pu voir les modes de pensé du pays et la conception du soin en Indonésie évoluer, c’est passionnant ! Quand je repense à la première mission, certains sujets ne pouvaient pas être abordés alors qu’aujourd’hui il est toléré d’en discuter. Revenir à l’université m’a à chaque fois conforté dans l’idée que ma dernière mission avait été utile .

Kathy

site de l’association

Propos recueillis et mise en page par Elise

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