De Tunis à Paris – De Paris à Tunis

– La naissance d’une psychomotricienne- 

Ces dernières années la psychomotricité a fait un bon énorme en Tunisie. Je vous propose le témoignage de Fatma, psychomotricienne engagée qui a aidé la psychomotricité à prendre de l’ampleur en Tunisie  

 

Étude de psychomotricité en Tunisie 

J’ai toujours voulu travailler auprès d’enfants et dans le paramédical la psychomotricité a donc été pour moi une combinaison parfaite. 

Avant 2013  la première année était en  « tronc commun » avec la formation de psychologue. Désormais les études de psychomotricité ont leur cursus propre au sein de la faculté des sciences humaines et sociales de Tunis. Un stage long par semestre est demandé. Les associations étudiantes de psychomotricien tunisien sont très actives, je vous invite d’ailleurs à les soutenir sur leur page Facebook ici.

 
Un Stage en France 

Dès ma première année je me suis intéressée à ce qu’il se faisait en psychomotricité à l’étranger.

Pour ma dernière année j’était déterminée à avoir une expérience à l’étranger. Je pense avoir envoyé une centaine de demandes. Dès qu’une réponse positive est arrivée, j’ai sauté sur l’occasion sans vraiment réfléchir… c’était Paris.

Je me retrouve alors stagiaire dans un centre recevant des enfants porteurs de polyhandicap. J’y ai retrouvé un matériel identique, un language commun, ce qui m’a rassuré sur ma pratique. J’ai pu observer qu’en France la formation était plus axée sur la pratique corporelle qu’en Tunisie. J’ai aussi appris beaucoup sur la méthodologie du travail multidisciplinaire et la communication avec le patient. 

 

 

La psychomotricité en Tunisie 

À la fin de mes études j’ai ouvert mon cabinet dans ma ville natale:  Safax. Je suis l’unique psychomotricienne de toute la ville ! Je démarche alors les spécialistes pour ma pratique et mon métier, les pédopsychiatres se montrent assez encourageants et soutenants. Je puise en eux un réel soutient.

Aujourd’hui, encore la majeure partie de ma patientèle arrive par leurs indications ainsi que des Écoles. Cela soulève alors le manque de communication entre les paramédicaux du secteur libéral. En effet, on reçoit parfois les mêmes patients,  mais je ressent un grand manque de fluidité dans l’échange d’information ce qui impact l’orientation des patients d’un professionnel à un autre et leur arrivé dans mon cabinet sans connaissance antérieure de la raison de leur venue.

« Je vois la psychomotricité en Tunisie, comme un bébé qui prend petit à petit conscience de son corps. Les premiers pas chancelants de la psychomotricité en Tunisie commencent à gagner en confiance. »

Il est clair qu’en Tunisie la psychomotricité est en plein essor autant au niveau académique que dans la pratique professionnelle. Il manque encore des professionnels diplômés et expérimentés. De plus, les champs de l’adulte et de la gériatrie ne sont pas franchement abordés. La psychomotricité en Tunisie aujourd’hui est une pratique principalement tournée vers les enfants et les adolescents. 

 

ammarfatma49@yahoo.com

propos recueillis par Elise

Du thérapeute expatrié à la thérapie des migrants

le nécessaire décentrage culturel

Il y a quelques mois, Courrier International publiait un article  : « Je suis une migrante,  pas une expat ». Pourquoi qualifions-nous de « migrants » les hommes et femmes originaires de pays du « Sud » venus vivre en Europe ou en Amérique du Nord alors que nous nous appelons nous-même « expats » lorsque nous partons vivre à l’étranger ? Les éléments de langage que nous utilisons souvent inconsciemment sont une première marque de l’influence de notre culture sur notre manière d’être, de penser. Prenons conscience de notre vocabulaire, du poids des mots, de la manière dont la langue nous pousse parfois à mettre les gens dans des cases, à laisser entendre un jugement de valeur indépendamment de notre volonté. 

Une prise de conscience est le premier pas vers le décentrage nécessaire à tout travail en situation transculturelle. Mais avant de vous parler plus longuement du décentrage, laissez-moi me présenter et vous raconter comment mon histoire m’a menée au travail transculturel.

Chacun de nous naît et grandit au sein d’un berceau culturel unique, subtile mélange de culture sociale et familiale. Pour ma part, née de parents travaillant dans le milieu du spectacle j’ai baigné, dès la naissance, dans un milieu culturel riche, dans tous les sens du terme. Mon enfance a été emplie de spectacles, de concerts, de visites de musée, de voyages, de récits farfelus des aventures de tournées. Mais j’ai surtout eu la chance immense de grandir dans un milieu ouvert d’esprit, un peu bohème, où chacun était accueilli à bras ouverts et où la différence apparaissait comme une qualité indispensable à la créativité de chacun et à l’équilibre du groupe.

Le fruit ne tombant jamais bien loin de l’arbre, quelques années plus tard je débutais mes études en psychomotricité, utilisant les pratiques artistiques et la sensibilité corporelle dans une visée thérapeutique. Par ailleurs, je continuais de voyager autant que possible, prenant toujours autant de plaisir à découvrir de nouvelles façons de penser et de faire. Mes voyages se sont teintés peu à peu de nouvelles réflexions, en lien avec mes études, d’observations plus fines sur les pratiques corporelles, le maternage, l’approche du soin et du handicap. Vous écrivant cela, je pourrais presque être moi-même notre premier exemple « clinique » pour vous montrer combien le milieu culturel, familial puis professionnel dans lequel nous évoluons influence nos actes, nos pensées et même notre construction identitaire. « Les représentations culturelles donnent une préforme aux représentations individuelles » nous souffle MR Moro

Durant ces années d’études  est né le projet de solidarité internationale « Rire, Jouer, Grandir« , basé sur l’échange culturel et la sensibilisation au développement psychomoteur de l’enfant, dont nous avons tiré le film « Par où commencer ? ». A la fin de notre deuxième année d’études, après plus d’un an de réflexion et de préparation, mes camarades et moi-même nous sommes envolés direction le Bénin pour un mois aussi inoubliable que riche en questionnements. Nous y découvrimes l’impact que la culture pouvait avoir sur le développement de l’enfant mais également sur la representation du « soin » et sur le cadre thérapeutique qu’il nous fallu repenser entièrement. 

Je tiens à souligner que ce premier projet a influencé le reste de mon parcours professionnel. Ne sous-estimez pas les projets étudiants,  ils ont un grand pouvoir sur les cerveaux en formation.

Cela nous mène en 2014, à l’IFP de Bordeaux, où la question (trans)culturelle était absente de notre formation et commençait tout juste à apparaître dans les écrits des psychomotriciens (à l’exception de l’article de J-L Sudres, précurseur en la matière qui publia  » L’éthnopsychomotricité, une oubliée » en 1996). Passionnée par la question et souhaitant explorer plus amplement l’expérience vécue lors du projet au Bénin, j’en fis mon sujet de mémoire.

C’est en menant mes recherches pour le mémoire que je suis tombée, un peu par hasard, avouons-le,  sur le programme du DU de Psychiatrie et Compétences Transculturelles . Rêvant alors de repartir travailler à l’étranger, je postulais, désireuse de poursuivre ma formation et de mieux comprendre l’impact que pouvait avoir la culture sur notre vie et la manière de la prendre en compte dans le soin psychomoteur.

En juin 2015 j’obtenais mon diplôme de psychomotricienne, trois mois plus tard j’intégrais le DU tout en débutant dans un service de pédopsychiatrie. Je vous le dis aujourd’hui, avec un peu de recul, tout démarrer en même temps n’est pas la meilleure idée que j’ai eu. D’une part parce que la première année professionnelle représente à elle seule une charge de travail considérable,  assez peu compatible avec l’écriture d’un mémoire (surtout quand on vient d’en finir un et que l’on ne rêve que d’une chose : une pause !). D’autre part parce que le DU est une formation professionnelle qui s’appuie en premier lieu sur nos expériences cliniques et les questionnements qui en découlent, ce qui nécessite un bagage clinique plus conséquent que celui acquis au cours des premiers mois de pratique.

Petit défaut de timing mis à part, cette année de DU fut d’une incroyable richesse, sur le plan humain comme sur celui de la connaissance et de la réflexion. Au-delà des cours dispensés, il me semble que la grande force de cette formation réside dans la multiplicité des cultures parmis les étudiants en formation. Nous étions une cinquantaine, de divers origines, mais également de divers professions et d’âges variés  (de la jeune diplômée que j’étais à la jeune retraitée qui continuait de se former). Et dans ce joyeux melting-pot transculturel, transdisciplinaire et transgénérationnel les idées fusaient, se répondaient,  s’enrichissaient des savoir et des expériences de chacun. 

Je ne peux que souhaiter à chacun d’entre-vous de vivre un jour une telle expérience mais laissez-vous le temps, ne vous précipitez pas, faites quelques pas dans le monde professionnel afin de savoir où vous allez avant de continuer à vous former.

C’est durant cette formation que j’ai découvert que l’approche transculturelle (dans la manière dont elle a été pensée par G. Devereux en tant qu’éthnopsychanalyse) nécessite deux choses pour exister : une méthode Complémentariste et un nécessaire Décentrage.

Pour le dire simplement, le Complémentarisme consiste à utiliser « de manière obligatoire mais non simultanée » différents champs de connaissances ou outils : la psychanalyse et l’anthropologie dans le cas de l’éthnopsychanalyse. Il «n’exclut aucune méthode, aucune théorie valable – il les coordonne ». Loin d’une approche comparatiste, l’outil anthropologique sera utilisé de manière à explorer sous un nouvel angle le cadre de la relation thérapeutique et de co-construire avec le patient des sens culturels, pour aller ensuite vers des sens plus individuels. 

En ce qui nous concerne, la psychomotricité est elle-même fondée sur une pensée complémentariste, regroupant en son sein neurosciences, psychanalyse et physiologie. Y ajouter l’outil anthropologique, pour penser une « éthnopsychomotricité » semble pouvoir être une suite logique à notre réflexion professionnelle. D’autant plus que, lorsqu’on relit les travaux de Mauss sur l’éthnomotricité et que l’on se plonge dans le travail de psychiatrie transculturelle réalisé, entre autre par MR Moro et ses équipes, il semble y avoir au croisement de ces domaines une place longtemps restée vide qui est la nôtre. 

Il ne tient qu’à nous de développer aujourd’hui une psychomotricité transculturelle. Au delà des liens entre corps et psychisme que nous nous appliquons à penser, il semble important d’accompagner certains patients dans la créations de ponts entre ici et là-bas, entre la culture d’origine qui imprégne la famille et la culture du pays d’accueil dans laquelle ils doivent désormais grandir. Il nous appartient donc de co-construire avec eux un lien entre corps, culture et psyché afin de « tisser un lien entre l’histoire culturelle du sujet et sa psychomotricité »

Du côté de la clinique, cette pratique du complémentarisme peut, par exemple, nous amener dans la thérapie psychomotrice à utiliser des éléments culturels forts comme leviers thérapeutiques. Je me souviens d’une pré-adolescente soufrant d’une paralysie cérébrale, rencontrée lorsque je travaillais en Inde et qui, en bonne pré-adolescente n’était pas très motivée par le travail de rééducation qui lui était proposé dans le centre de soin. Cependant, de religion Hindou et déjà très imprégnée par la culture dans laquelle elle avait grandie, elle était heureuse de m’initier aux coutumes et de participer aux rituels religieux. Nous avons donc, chaque matin été ramasser ensemble quelques fleurs pour les disposer en offrande à la statue du Dieu Ganesh, travaillant ainsi la motricité fine, la marche, le repérage spatial, la planification et la communication, et partageant un réel moment de plaisir  autour d’une médiation « culturelle ».

Si le complémentarisme se place comme méthode nécessaire à la clinique transculturelle, le « décentrage », ou « éthno-relativisme » se situe pour sa part du côté de l’éthique. Comme son nom l’indique, l’éthno-relativisme consiste à se détacher de nos propres repères culturels pour aborder l’autre sans jugement, sans être dans la comparaison. Si le concept est simple à comprendre, il est nettement plus ardue à mettre en pratique. Le réflexe spontané étant d’analyser les éléments culturels observés en les comparant aux nôtres.

Il est communément admis qu’une expérience à l’étranger,  bien qu’elle ne soit une condition ni nécessaire ni suffisante à la pratique transculturelle, aide à accéder à cette position de décentrage. Être plongé dans un univers différent,  privés de nos repères, nous amène à penser différemment,  mais également à vivre l’expérience de l’autre côté du miroir, à devenir nous-même l’étranger dont la culture est constamment questionnée. C’est une expérience  qui nous conduit à prendre conscience de notre propre culture et à considérer nos habitudes et nos schémas de penser comme des éléments acquis et non comme une « norme ».

Au-delà de la grande aventure humaine que cela représentait, c’est aussi en quête de cet éthno-relativisme que je suis partie vivre et travailler quelques mois en Inde. Pour déconstruire mes normes et me confronter à mes jugements inconscients construits sur ma culture personnelle et professionnelle. Mais vivre la grande expérience du déracinement,  devoir travailler dans un pays si différent de celui où j’ai grandi, où tous les repères  (temporo-spatiaux, sensoriels, sociaux) sont différents des miens m’a aussi permis de comprendre de manière plus concrète ce que peuvent vivre les familles migrantes que je suis amenée à rencontrer dans ma clinique en banlieue parisienne. J’ai toujours prêté une grande attention aux éléments culturels apportés par mes patients. 

Depuis mon retour je sens mon écoute différente, plus vivante, plus sensible à ce que peuvent raconter ces familles de leur vécu car il trouve un autre écho en moi.

Oui, la culture influence le développement de l’enfant,  la construction identitaire, la manière d’être, mais le déracinement culturel influence lui aussi grandement notre façon d’être et de penser, il influence notre manière de mettre au monde les enfants,  de les élever et il est à prendre en considération dans notre travail de psychomotriciens auprès des familles, pour les accompagner sans violence. « La condition première pour ne pas faire violence aux enfants, c’est peut-être la nécessité de ne pas leur demander de nous ressembler pour les aider, pour les soigner, pour les éduquer »

valladon.mathilde@gmail.com

Formation aux saveurs de l’Europe

3 pays, pour 1 formation en psychomotricité

Danemark

Attiré par la médecine et la psychologie, je ne trouvais pas de formation qui me correspondait. Je me suis inscrit à la fac de médecine et après quelques mois de ce que l’on appelle la « paces » j’ai découvert le métier de psychomotricien qui, après des rencontres et des stages devint une évidence “je veux faire de la psychomotricité mon métier.”

J’ai essayé de préparer le concours seul durant les derniers mois qu’il me restait mais sans grand succès, je ne voulais pas renoncer ni perdre mon temps alors je me suis renseigné auprès des écoles Belges qui acceptent les étudiants sur dossier. J’ai préparé un dossier, ou plutôt un gros colis pour une école bruxelloise, nommée à l’époque IORT (Instit d’Optique Raymond Tibault) mais dorénavant IIP (Institut Ilya Prigogine). Elle est rattachée à la HELB (Haute Ecole Libre de Bruxelles). Celle-ci m’a acceptée, je suis entré dans une promotion de 80 étudiants qui deviendra une promotion de 15 en troisième année, cela dû à la retombée de la non reconnaissance de la profession de psychomotricien en Belgique, de 2015.

En effet, le diplôme provenant du bachelier en psychomotricité (licence) est valide et reconnu par l’état belge, mais la profession quant à elle n’est pas protégée. Plusieurs actions sont en cours encore à ce jour pour faire revenir la ministre de la santé sur sa décision (elle considère que les psychomotriciens ne sont pas nécessaires, que avec les kinésithérapeutes et les ergothérapeutes, c’est suffisant) à différents niveaux (fédéral et européen).

Mon école a plusieurs particularités, celle de ne diplômer que les plus de 23 ans par souci de maturité, et de proposer 3 grosses journées de cours et 2 journées libres pour avoir un job étudiant. Cela s’appelle l’enseignement en Promotion Social. De plus, l’école propose 12 mois d’Erasmus divisible en deux si on le souhaite. On peut également effectuer ces 12 mois à l’étranger l’année suivant notre diplôme, toujours avec le statut d’étudiant.

Mes études étant réparties sur 4 ans du fait de mon âge, j’en ai profité pour faire deux stages Erasmus. L’un à Copenhague à L’UCC ( University College Copenhagen) dont les locaux de psychomotricité se situent à Hillerod, une petite ville au Nord de Copenhague. J’étais alors avec des étudiants Français, Espagnols, Vietnamiens, Danois…

J’ai découvert leur vision de la pratique de la psychomotricité. Les cours Danois sont répartis autour de 3 grandes sphères :

  • Education sportive (mais exercices tournés « psychomoteurs »)
  • Psychothérapie
  • « Massage thérapeutique » qui est une technique bien précise 

Au Danemark la psychomotricité est pratiquée auprès des adultes et des personnes âgées, pour les enfants nous retrouvons une formation de pédagogue en deux ans. 

« L’atmosphère du pays est très agréable avec le « HYGGE » une sorte de philosophie de vie, « cocooning », conviviale où prendre de la distance avec nos préoccupations est le maître mot. « 

Après un nouveau semestre en Belgique je repars en Erasmus en France cette fois pour 4 mois de stage. D’origine française, j’en apprends peu sur la culture mais la reconnaissance du métier dans les institutions publiques me surprend positivement. En Belgique, si les études sont reconnues, la psychomotricité n’est pratiquée que dans le secteur privé (majoritairement en cabinet). Cela change peu à peu avec l’ouverture de centres pluridisciplinaires où nous travaillons avec des logopèdes (orthophonistes), kinésithérapeutes, médecins, ergothérapeutes, psychologues…

Certaines personnes travaillent aussi dans des services publiques mais souvent sous un autre titre que psychomotricien (double diplôme avec la kinésithérapie par exemple).  D’autre part, venir en France me rassure sur l’apprentissage théorique que l’on a en Belgique, la différence se trouverait dans certains auteurs pris en exemple et ressources théoriques, et dans la sphère relationnelle qui est très développée au sein de mon école.

Aujourd’hui j’aime ma vie en Belgique mais je souhaiterais tout de même travailler dans un autre pays. Les équivalences pour la France sont aujourd’hui gelées je pense donc me tourner vers la Suisse.

benjaminnasschaert@gmail.com 

Propos recueillis par Elise

Quels sont les impacts des cultures sur une personne ?

Psychomotricienne et psychologue clinicienne formée à la clinique inter-culturelle et transculturelle.

Étant eurasienne, cette question m’interpelle. Après mon échec aux concours de médecine, j’ai intégré la préparation pour le concours de psychomotricité à l’école catholique de Lyon, avec en double cursus, une licence 1 de psychologie. J’ai été reçu à l’ISRP de Paris, études vers lesquelles je me suis orientée, et j’ai validé ma licence. 

Pendant 3 ans je me suis questionnée sur l’impact des cultures sur le développement de l’enfant de moins de trois ans. Lors de mes stages, j’ai fait des observations qui ne sont pas à généraliser, mais qui m’ont aidé à réfléchir sur cette notion de « culture ». 

En crèche, un petit garçon d’origine japonaise avait comme goûter des petits-pois salés à écosser alors que les autres enfants mangeaient leur pomme pote. La pince utilisée n’était pas du tout la même. Dans le premier cas, le petit garçon utilisait la pince pouce index et sa dextérité digitale était impressionnante pour son âge. Les autres enfants utilisaient principalement une pince palmaire.

Une petite fille d’origine camerounaise marchait à 7 mois, c’est-à-dire plus tôt que la plupart des enfants. Sa mère la portait sur son dos avec un pagne depuis son plus jeune âge. Je me suis demandée, si l’oreille interne avait été sur-stimulée par ce portage, développant ainsi son sens vestibulaire et permettant un meilleur équilibre lors de l’apprentissage de la marche.

Dans la culture occidentale, l’enfant est très vite stimulé sur le versant cognitif: reconnaître les formes, les couleurs à travers des jeux divers et variés, les mobiles au-dessus du berceau…. 

Ces observations succinctes m’ont amené à penser qu’entre 0 et 3 ans la culture à un impact important sur les acquisitions de l’enfant. Après 3 ans, il y aurait comme une harmonisation du développement quelles que soient les cultures. Mais alors qu’en est-il des tests côtés avant 3 ans comme le Vaivre-douret ou le Brunet-Lezine ? Vaste question… Ne faudrait-il pas faire des étalonnages en fonction des différentes ethnies, cultures ? J’ai vite compris que cela était impossible à réaliser vu qu’il existe 139 pays dans le monde et d’autant plus de cultures et d’ethnies. 

En juin 2014, j’ai eu mon diplôme de psychomotricienne. J’ai travaillé en I.T.E.P. [1] pendant 2 ans. J’ai rencontré et accompagné des enfants avec des cultures très différentes de la mienne. Avoir conscience que dans certaines ethnies un enfant qui regarde un adulte dans les yeux peut être considéré comme un manque de respect, nous permet de mieux comprendre certains comportements. Finalement, ce qui nous semble être une attitude de provocation est en fait une difficulté de l’enfant à se situer entre ses différentes cultures. 

tirer du jeux mémomania

Mais qu’est-ce que la culture ?

C’est un concept complexe qui renvoie à une multitude de sens rendant sa définition ardue. Pascal Ory, parle d’un « ensemble de représentations collectives propres à une société. Pour lui, ces représentations sont des phénomènes sociaux, partagés par tous les membres d’un groupe. Ils peuvent être de différentes natures : géographique, démographique, professionnelle, idéologique, confessionnelle… » [2] 

La multiplicité des cultures est une richesse pour notre monde et nous ne pouvons pas toutes les connaître… Je ressentais le besoin d’approfondir ma façon d’aborder ses différences. Après avoir fait des recherches, je me suis inscrite à la faculté de Villetaneuse au vu de leur proposition d’un parcours de psychologie et psychopathologie inter et transculturelle. Avec mon dossier, j’ai pu passer directement en L3 de psychologie.

En L3, parmi les 5 parcours proposés, j’ai choisi le premier : une initiation aux champs de la psychologie clinique et psychopathologique, avec une perspective interculturelle et ayant pour référence la théorie psychanalytique.

En M1, je me suis inscrite dans le parcours interculturel. Les cours ont abordé la pensée psychanalytique, les concepts de psychopathologie, les différents courants sociologiques, anthropologiques et ethnologiques. On nous a présenté la différence entre l’ethnopsychiatrie (courant porté par Georges Devereux et Tobie Nathan puis par Marie-Rose Moro) et la médiation culturelle. (Courant porté en partie par l’association Françoise Minkowska avec des médiateurs culturels[3])

En M2, j’ai à nouveau choisi le parcours interculturel. On a abordé des notions comme l’acculturation[4], déculturation[5], le syncrétisme[6], le métissage[7]. Nous avons étudié des religions et des coutumes différentes des nôtres avec de nombreux intervenants venant du Cameroun, de la Nouvelle-Calédonie ou encore de Chine… Nous avons également par les cours de psychologie sociale, travaillé sur les différences entre les classes sociales. 

Chaque année, j’ai effectué un stage plus ou moins long, avec pour le clôturer un rapport en L3 et un mémoire en M1 et M2. Le stage et le thème de nos mémoires étaient très libres, car la culture n’est pas seulement liée aux origines. D’autre part en région parisienne, il y a tellement de mixité sociale et ethnique que dans la plupart des lieux de soins nous devons composer avec cette différence culturelle. 

Ces trois années m’ont amenées à sortir de ma zone de confort, à voir les choses autrement. Non seulement, j’ai appris à analyser les situations d’une autre manière, mais j’ai dû aussi me débattre avec certains de mes préjugés. La notion de « culture » a été pensée depuis des décennies par les sociologues, ethnologues, philosophes… Cela ne concerne pas seulement les différentes origines ou civilisation. D’ailleurs, Françoise Armengaud nous rappelle que la culture s’acquiert : « Étant donné que la culture s’acquiert par apprentissage, les gens ne naissent pas Américains, Chinois ou Hottentots, paysans, soldats ou aristocrates, savants, musiciens ou artistes, saints, chenapans ou moyennement vertueux : ils apprennent à l’être. » Ce propos de T. Dobzhansky (1966) caractérise assez complètement la conception moderne de la culture : elle est acquise, mais d’abord par imprégnation et identification avant de l’être par apprentissage explicite ; elle est transmise généalogiquement et non héréditairement. » [8]

Aujourd’hui, je travaille en tant que psychomotricienne en libéral et en tant que psychologue clinicienne dans une institution proposant des visites médiatisées dans le cadre de la protection de l’enfance. Dans ces deux contextes, je reçois des patients ayant diverses origines et avec des cultures très différentes. 

En tant que psychomotricienne, j’accueille Amir, 6 ans, qui vient de Turquie. Il est diagnostiqué ayant un trouble du spectre autistique. À la maison, la famille parle turc. La mère d’Amir se débrouille bien en français au vu de leur arrivée récente en France. Quand je rencontre Amir, il ne parle pas, il émet juste quelques sons. Puis petit à petit, les babillages apparaissent. Rapidement, on se rend compte avec sa mère qu’il dit des mots en turcs qui se transforme en phrase. Madame est désolée, elle aurait souhaité qu’il parle français. À plusieurs reprises, je la rassure. Je lui rappelle que c’est fantastique qu’Amir arrive à s’exprimer et peu importe la langue qu’il utilise. Le turc est la langue utilisé par les gens avec lesquels il a un lien fort et des émotions intenses, c’est normal qu’il s’en saisisse. Pendant un temps, j’ai proposé des séances mère-enfant, et j’ai appris quelques mots en turc ! Actuellement, nous sommes revenus sur des séances en situation duelle. On travaille avec les pictogrammes et les gestes pour se comprendre et parfois, on utilise même Google traduction vocale ! Ce n’est pas toujours facile, car on ne peut pas rebondir sur ce que l’enfant dit. Mais pour ma part, je suis persuadée que ce n’est pas au patient et à sa famille de s’adapter à ma langue et à mes cultures dans ces moments thérapeutiques. C’est à moi, de trouver des solutions, d’être créative et de les rejoindre là où ils s’en sont de leur acculturation. 

Henri lui a 6 ans, il a un retard global de développement associé à de l’impulsivité et de l’hyperactivité. Les parents d’Henri viennent du Sénégal et sont de confession musulmane. Ils ont très à cœur de s’intégrer dans la « culture occidentale », et sont à l’écoute des conseils que les professionnels peuvent leur donner. Lors de la prise en soin, il y a eu des hauts et des bas. Professionnels de soin, école et parents, on s’est soutenu mutuellement pour trouver des solutions. J’ai proposé des séances enfant-parents. Aujourd’hui, le petit garçon a accès à la parole et il s’est apaisé. Avant les vacances d’été Madame a demandé mon avis concernant la possibilité d’un voyage au Sénégal dans leur village avec Henri (sachant que le petit garçon n’y était jamais allé). La question m’a surprise, car la réponse me semblait évidente. J’ai demandé à Madame ce qui l’inquiétait. Elle m’a répondu qu’elle avait peur que le changement de langue, de coutume, de climat perturbe Henri. Elle avait peur aussi qu’il ne tienne pas en place dans l’avion. Je lui ai alors demandé si ce voyage lui ferait plaisir à elle. Madame m’a répondu que ça lui ferait beaucoup de bien de retourner voir sa famille, et que d’autres personnes pourraient s’occuper d’Henri. J’ai de suite entendu la question du relais face à l’épuisement des aidants. J’ai alors soutenu ce projet et on a préparé le voyage pendant les séances. À travers le dupplo Madame a raconté à son fils comment était la vie là-bas. Ils ont construit la maison du Sénégal Madame a ajouté les animaux qui se trouvent autour (âne, poules…). Avec l’avion dupplo ils ont joué ensemble au départ et à l’arrivée au pays avec les valises. On a aussi dessiné le drapeau du Sénégal. Puis avec Madame, on a imaginé les jeux qu’elle pouvait préparer pour le temps du vol. Le voyage s’est bien passé, Henri est revenu changé. Il parlait mieux, il était moins éparpillés et était davantage dans l’échange et la relation. Les parents sont revenus reposés et plus confiant. Progressivement, Madame s’autorise à me parler des coutumes et traditions de « chez eux ». Par exemple, elle m’a partagé qu’ils ne fêtaient pas Noël, car ce n’était pas leur religion, mais qu’ils faisaient un bon repas en famille. Elle m’a parlé de fêtes musulmanes importantes. Je vois cela comme une invitation de cette famille à me laisser approcher leurs cultures. 

À la suite d’une chirurgie importante au cerveau effectué à Dubaï, Monsieur Rigi a développé une hémiparésie. Afin de recevoir des soins complémentaires, il est rentré en France pour 2 mois. Une psychomotricienne résidant à Dubaï nous a adressé ce patient. Grâce aux réseaux sociaux, un travail d’équipe entre les deux pays s’est mis en place. Mr. Rigi continue à faire des allers-retours entre la France et Dubaï. Nous devons donc coordonner les différents professionnels qui ne sont pas toujours nommés de la même façon entre les deux pays (speech-therapist, occupational-therapist, physiotherapist, kinésithérapeutes, ergothérapeutes, psychomotriciens). Là encore, les différences culturelles sont présentes. Nous n’exerçons pas de la même manière, car d’une part nous n’avons pas tous les mêmes études en fonction des pays, mais d’autre part nos pratiques sont influencées et pensées à travers nos propres filtres culturels. Ainsi compte-rendus, messages et vidéos, permettent de rester en lien, et d’harmoniser au mieux les soins. Cette expérience de travail avec des collègues exerçants à 5000 km est captivante et enrichissante. Même si celle-ci n’est pas encore terminée, je peux dire que cela permit des échanges constructif inter professionnel, mais aussi intra professionnel. 

Conclusion

Mes études m’ont permis de comprendre progressivement qu’on ne peut pas connaître toutes les cultures émanant des multiples acculturations et métissages existants. D’autre part comprendre les cultures d’un autre peuple, demande de les vivre. On ne peut pas l’apprendre à travers les livres qui nous donnent seulement un aperçu des coutumes, des traditions et des mœurs d’un peuple. Par contre prendre conscience des cultures qui m’animent est déjà une tâche compliquée. Être en accord et à l’aise avec celles-ci est encore un autre apprentissage. 
Aujourd’hui, je travaille avec toutes « mes cultures », « mes coutumes ». Quand j’en rencontre de nouvelles, j’essaie de lâcher prise et d’accueillir cette autre manière de faire ou de penser. Pour des familles en manque d’acculturation, je m’efforce de les accompagner à comprendre les nouveaux codes culturels dans lesquels ils vivent aujourd’hui, tout en valorisant la richesse de leur parcours migratoire. 

Pour ce qui est des tests côtés pour les jeunes enfants, nous ne pouvons pas les adapter à chaque ethnie. Il faut être vigilant et garder en tête que le développement de l’enfant peut être impacté par les variations culturelles. 

La complexité de l’être humain l’est d’autant plus par les cultures qu’il acquiert. Cela nous invite en tant que thérapeute à garder l’esprit ouvert, car la pensée n’est pas unique au risque de tomber dans le dogmatisme. Nos cultures façonnent notre identité et comme le dit Bruner (1991) « donne forme à l’esprit » [9]

Cécile CHAU

cecilechaupsychomot@gmail.com

Bibliographie

Bourdin, M. & Larchanché, S. (2015). De l’interprétariat à la médiation en santé mentale : l’expérience du centre Françoise Minkowska. Rhizome, 55(1), 48-54.

Bruner, J. (1991). … car la culture donne forme à l’esprit (Trad. Y. Bonin). Paris : Eschel.

Cuche, D. La notion de culture dans les sciences sociales. La Découverte, 2010, pp. 59

Armengaud, F. « CULTURE – Nature et culture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 novembre 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/culture-nature-et-culture/

Ory, P. « HISTOIRE (Domaines et champs) – Histoire culturelle », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 novembre 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/histoire-domaines-et-champs-histoire-culturelle/


[1] Institut Thérapeutique Et Pédagogique (institution accueillant des enfants ayant des troubles du comportement.

[2] Pascal Ory, « HISTOIRE (Domaines et champs) – Histoire culturelle », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 novembre 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/histoire-domaines-et-champs-histoire-culturelle/

[3] « professionnel bilingue, formé à la confrontation des modèles explicatoires dans la relation de soin […]et au décentrage. » Bourdin, M. & Larchanché, S. (2015). De l’interprétariat à la médiation en santé mentale : l’expérience du centre Françoise Minkowska. Rhizome, 55(1), 48-54.

[4] Selon Robert Redfield Ralph Linton Melville Herskovist « L’acculturation est l’ensemble des phénomènes qui résultent d’un contact continu et direct entre des groupes d’individus de cultures différentes et qui entraînent des changements dans les modèles (patterns) culturels initiaux de l’un ou des deux groupes. » Denys Cuche, La notion de culture dans les sciences sociales. La Découverte, 2010, pp. 59

[5] « En ethnologie, perte d’identité culturelle d’une population, d’une ethnie » (Encyclopédia Universalis)

[6] « Syncrétisme, création d’un nouvel ensemble culturel cohérent et durable » Denys Cuche, La notion de culture dans les sciences sociales. La Découverte, 2010, pp. 73

[7] Pour Laplantine et Nouss « Le métissage contrairement au syncrétisme est une composition dont les composantes gardent leur intégrité. Loin de l’idée de symbiose et de totalité unifiée, il tire sa force de son instabilité même. Le métissage n’est pas la fusion, la cohésion mais la confrontation et le dialogue sans cesse en mouvement » Denys Cuche, La notion de culture dans les sciences sociales. La Découverte, 2010, pp.75-76

[8] Françoise Armengaud, « CULTURE – Nature et culture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 novembre 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/culture-nature-et-culture/

[9] Bruner, J. (1991). … car la culture donne forme à l’esprit (Trad. Y. Bonin). Paris : Eschel.

Ces patients ici venus d’ailleurs

C’est durant un rendez-vous parents que j’ai pris la décision d’écrire sur le sujet. Après le diagnostic de surdité couplé à une dyspraxie, les parents de Sélim ont traversé la mer dans l’espoir d’offrir les meilleurs soins à leur fils. Aujourd’hui, encore ils se battent avec l’administration pour rester sur le sol français.

Cette famille, dont l’histoire est celle d’un grand nombre de mes patients, pour je ne sais quelle raison m’a particulièrement touchée. La façon de raconter de la maman, la sincérité dans le regard, ou le simple fait de raviver en moi le besoin de réfléchir sur cela.

Je me questionne et j’observe sur ce déracinement, sur la résilience de ces jeunes. Sur l’entraide, l’identification…

Je me souviens de cette jeune ado atteinte de surdité profonde, fraîchement arrivée d’Afrique, sans aucun moyen de communication depuis la naissance. En l’espace d’une année scolaire, elle a commencé à lire le français, à compter et à s’approprier la langue des signes française comme la sienne. L’histoire se répète pour cet autre petit bout de 4 ans dont la maman a fui un mariage forcé. Par voie terrestre, en passant par la Libye, elle est arrivée en France en espérant le meilleur pour son fils. Son envie d’apprendre est incroyable, à chaque séance il ouvre grand les yeux pour ne rien perdre de ce qu’il va se passer.

Les jeunes ont envie d’apprendre ils sont prêt et nous mettent au défi d’être à la hauteur de leur gourmandise de savoir. Leur capacité d’adaptation après un déracinement m’a toujours surpris. Cette résilience était plus faible pour mes patients en maison de retraite. Certains m’ont parlés de leur expulsion de Tunisie ou d’Algérie vers la France où il ne se sont jamais sentis à leur place. Cette douleur se ravivait un peu avec le déménagement en EHPAD souvent contre leur grès.

Dans les instituts ils y a ceux qui retrouvent leur histoire et leur culture dans les autres. J’avais déjà observé cela dans mon lycée (clichés oblige, j’étais en banlieue dans une zep) ou en début d’année les gens se groupaient un peu par ethnie et puis à la fin de l’année par affinité. Bien sur, venir du même endroit avoir une culture, une langue commune, faire partie d’une communauté ou d’un petit groupe rassure. On le voit nous même en voyage avec les « ha vous êtes français ? » qui initie un grand nombre de rencontre et de discussion.

Ce regroupement je ne l’ai observé uniquement chez les ados, un processus de création de l’identité en plus du besoin de réassurance peut être. Cette démarcation n’intervient pas dans les mises en place du lien avec l’adulte, nous faisons d’abords partie du camp des adultes avant toutes autres considérations d’âge de sexe, d’origine… ou plus communément appelé “les vieux”.

Il n’en est pas moins qu’à l’institut ce regroupement nous donne l’occasion de voir naître de belles amitiés. Les influences réciproques des jeunes ne sont pas toujours positives. Parfois on voit naître de beaux moments de partage comme un merveilleux duo de percussion de tambour Malien. Sans oublier tous les moments conviviaux de l’institut où les familles sont invitées à amener de la nourriture. Ce n’est pas ma gourmandise ou ma soif de découverte qui en dira le contraire.

Parfois le handicap demande de renoncer à certaine coutumes, c’est un travail en partenariat avec les parents. Renoncer à utiliser la mains droite quand un jeune dyspraxique gaucher souffre d’utiliser « la main du diable ». Regarder les visages et dans les yeux pour les enfants sourds quand cela est vécu comme un affront dans certaines cultures mais indispensable au déchiffrage de la communication non verbale. En générale une discussion avec la famille en présence de l’enfant suffit à expliquer les choses pour qu’elles soit acceptées.

Il y a aussi toutes ces aberrations de la culture et société française : Pourquoi la fourchette et le couteau alors qu’un enfant IMC mange tellement plus aisément avec les doigts ? Il en existe de toutes les torsions des couverts adaptés. Cela fait une belle métaphore de l’adaptation qu’on leur demande. Vaste débat entre le pragmatique et la bien séance.


Il y a tout ce travail de trouver sa place dans la société française. En tant qu’handicapé, qu’immigré, avec les discriminations qui se multiplient. Cela ferait un bon sujet de mémoire sur l’identité tout ça.

 Amis étudiants à bonne entendeur …

Psychomot en Polynesie francaise

Apres 18 ans dans la marine comme photographe de guerre, quelques tours du monde et quelques guerres, je fini ma carrière en Polynésie française. Je deviens moniteur de plongée, un travail qui me fait découvrir le milieu du soin en accompagnant des jeunes porteurs de handicap mais qui est peu compatible avec ma vie de famille. Je dois me déplacer sur les îles de l’archipel et je travail souvent le week-end au grand désespoir de ma femme qui est infirmière avec autant de contraires professionnelles.

Je décide alors de rentrer à la FAC de médecine de Tahiti qui est une branche de la fac de Bordeaux. Celle ci offrait 2 places de psychomotricité à qui réussirait à se classer. Une fois accepté je m’envole pour la métropole et effectue mes 3 ans d’études à Bordeaux . Je fais un mémoire sur l’eau tout en notant que les références principales traitent de l’exploration de la médiation aquatique uniquement en surface et non sous l’eau.

De retour a Tahiti j’ouvre mon cabinet et continue la plongée à coté, un post en pédopsychiatrie s’ouvre avec la médiation plongée. Je saisi l’occasion et me retrouve à plonger avec des jeunes autistes. Une médiation passionnante qui mériterait son propre article …

L’organisation des soins psychomoteurs n’a pas été aisée en pédopsychiatrie. On se déplaçait pour rencontrer les patients sur différentes îles. Le temps de latence entre deux séances nous a fait choisir un mode de prise en charge basé sur l’éducation thérapeutique du patient et de mini formations avec le personnel et les aidants sur place… quand il y en avait. Le matériel devait rentrer dans un petit sac, c’est alors que l’environnement est devenue ma première source d’inspiration (mer, sable, arbre etc… De plus, en Polynésie française beaucoup de croyances tournent autour de l’eau et de la terre.

Aujourd’hui, j’interviens à l’hôpital en « transversal », c’est à dire que je suis présent sur plusieurs services allant de la chirurgie avec la prise en charge de la rééducation des membres fantôme jusqu’à la néonatalité en passant par la psychiatrie. Un gros travail de sensibilisation et d’explication de mon travail est nécessaire auprès des équipes soignantes, je prends beaucoup de temps pour montrer et expliquer les prises en charges et surtout les résultats de celles-ci.

propos recueillis par Elise

Solidarité: Comment aider sans trop forcer

Tous ces articles sur l’ailleurs, toutes ses missions au bout du monde et ces beaux projets qui se réalisent. C’est géniale, mais voilà, ce n’est pas a la porter de tous, pour des millions de raisons que vous connaissez mieux que moi.

Alors pour ceux qui on envie de soutenir, de mettre leur pierre à l’èdifice de ces projets voici un petit guide pour aider sans s’engager et en se faisant plaisir :

  1. Manger utile

les étudiants sont privilégiés pour ce paragraphe, car souvent dans les IFP les associations vous proposent des plats fait maisons pour un bon prix qui vont les aider a financer leur projet.

Pour nous autres, il y a les restaurant solidaires . Etant parisienne je vous propose 2 adresses sur paris. Si vous taper « restaurant solidaire + ville  » il y a des chances que vous trouver de quoi vous ravir.

la Nouvelle Rotisserie qui est peut être le plus célèbre de tous. Les associations louent la cuisine et les bénévoles cuisinent et vous servent accompagner de musique. Renseignez vous en avance du menu pour venir déguster ce que vous désirez.

le Mam’Ayoka qui est une cooperative de femmes du monde en recherche d’insertion professionnel. Dans la même idées de « cuisinier migrateur » vous trouverez le hazard ludique .

Pour les soirs ou vous ne souhaitez pas sortir armez-vous des applications commes Graapz contre le gaspillage ou de too good to go dans la même idées.

si vous avez d’autre bonne adresse ici ou ailleurs mettez les en commentaire

2. Surfer sur internet

il vous suffit de Télécharger les moteur de recherche écocia avec qui toutes les 15 recherches vous financer la plantation d’un arbre ou lilo ou vous choisissez l’association que vous désirer soutenir.

si votre association est sur ce moteur de recherche mettez le en commentaire.

3. faire des cadeaux

la encore les étudiants sont privilégier car aux seins des IFP les associations vendent des goodies , stylo briquet etc…

Pour des cadeaux un peu plus conséquent vous avez la marque Perus qui en plus de vous proposer de superbes pieces finance la scolarité d’enfant au Pérou. Pour le cadeaux de vos grands parents miser sur un toit pour les abeilles vous aidez alors un producteur de miel et en plus vous recevez tout les mois votre petit pot.

si vous connaissez d’autre entreprise mettez la en commentaire

4. Sortir

Pour cela il faut être a l’affut sur les réseaux sociaux. l’association PAM propose des visites de street art , l’association Pomm et l’association Suyana des spectacle de théâtre d’improvisation parfois vous pouvez trouver des soirées concerts.

5. Partir en vacances

Cela peu paraître étrange mais avec un peu d’information on peut se renseigner pour voyager tout en faisant une bonne action. Par exemple, Au Pérou l‘hostel sol y luna finance le centre de santé du même nom (ils recherchent régulièrement des psychomotriciens bénévoles) . Vous pouvez adopter un corail en Indonésie avec coral gardian ou au Seychelles. Utiliser le site fairb&b pour un logement donc 50% des recettes sont reversée aux initiatives locales et ou la plateforme de mise en relation n’abuse pas de la commission. Cette application est pour l’instant seulement développée en Europe.

Vos activités aussi peuvent avoir un impact positif, se faire masser dans les centre de réinsertion en Thaïlande, manger dans les restaurants d’aide contre la traite des humains sala bai school au Cambodge ou des femmes isolée aux Maroc adresse. et il y en a surement un paquet d’autre

si vous avez d’autre adresse mettez les en commentaire

il y a des millions d’autre façon de vivre en essayant d’avoir un impact positif sur notre environnement. Pour ne pas vous bombarder de références car il y en a un paquet j’ai choisi de simplement vous mettre la to-do-liste d’une blogueuse beauté engagée. C’est un peu « madame tout le monde » donc il est plus facile de s’identifier à elle qu’a d’autre personne ultra engager depuis 10 ans.

PS: vous trouverez plein d’astuce sur l’écologie sur www.cacommenceparmoi.org

Elise

la solidarité internationale en 4 points positifs

On doit bien le reconnaître, nos articles sont  critiques sur la solidarité et l’humanitaire

 solidarité internationale – Oui, mais pourquoi ?

Notre objectif est de casser l’image du génialissime occidental n’écoutant que sont courage et sa bonté pour aller implanter la bonne façon de soigner.

« Aller ! Range les aiguilles acupuncture et ta tisane de plante verte je vais t’expliquer!   » pourrait on dire aux pratiquants de médecines asiatiques.

De mettre en garde contre les organismes qui transforment la solidarité en un business

1 chemin pour 2 parcours

Surtout, de faire réfléchir sur ce pourquoi on part : besoin de fuir une situation problématique, de prendre le temps de réfléchir sur soi , de s’acheter une conscience…

bien choisir sa mission de solidarité internationale

Ainsi que de réfléchir à ce qu’on laisse dernière nous en partant «  des soins psychomoteurs durant 2 mois puis plus rien pendant 10 autres mois ,  Un nouveau psychomotricien tout les mois,  qu’en est-il de la relation thérapeutique, de la confiance et du vécu abandonnique. 

Néanmoins

Loin de nous l’idée de vous couper l’envie d’être solidaire par peur de faire plus de mal que de bien.  Cet article est uniquement consacré aux points positifs de la solidarité internationale.

  1.  Échanger

Il faut bien l’avouer, parfois les professionnels sur place sont souvent débordés et épuisés. Ils nous voient arriver et nous « refilent » plus qu’ils ne nous expliquent les patients à charge.  On est alors considérées comme de la main d’oeuvre gratuite !

Regardons le bon côté des choses. Nous leur offrons un relais, chose qu’ils n’auraient jamais pu se permettre. On connait toutes les dérives que peuvent engendrer l’épuisement professionnel (qui est souvent déjà là même avant notre arrivé). De plus nos interventions sont souvent une maigre réponse dans un désert médicale, est ce mieux que rien? est ce de l’assistanat plutôt que de l’aide? je vous laisse le loisir de méditer. 

Si l’utopie est permise on peut aussi imaginer que petit à petit avec la venue d’une équipe régulière un lien va se créer et progressivement une véritable sensibilité au métier ou simplement à certaines techniques peuvent émerger.

Certaines associations mettent chaque année des fonds de côté pour pouvoir financer une formation aux professionnels sur place. C’est rare mais ça arrive. 

 2. Revaloriser 

Autant les professionnels que les patients. Que ce soit de nous voir, nous les Français avec tout notre savoir , négocier des heures avec Lisa pour qu’elle fasse quelque chose au même titre que n’importe quelle autre personne qui s’est aussi essayé des heures pour faire bouger Lisa. Où encore entendre des « bah c’est bon ! ça je le fait déjà! » lancé par un professionnel sur place.  Ce sont autant de façon de valider leur travail, de les gratifier.

Pour les patients c’est un peu plus complexe, ce qu’il va garder de notre intervention va dépendre du temps que nous restons, de ses capacités cognitives de son investissement dans une relation (qu’il sait) éphémère. Un peu d’attention, de félicitations, de mise en valeur par une personne avec un regard neuf, et bien même si ce n’est qu’une fois ça fait du bien.

3. Se faire connaître 

Mine de rien « I am psychomotor thérapist, I work on the link betwen the body and mind »  On informe on parle de notre métier et en humanitaire on le montre. C’est une voie par laquelle on s’implante, quand une action de création du métier est mise en oeuvre, certaines instances ont déjà entendues parler de la discipline.

4.  M’échanger – Me revaloriser – Me connaître

On part aussi beaucoup pour soi, se tester, se changer, se revaloriser personnellement ou professionnellement et pour apprendre à se connaître. Parce qu’il n’y a que dans un contexte comme celui là où l’on ouvre grand nos canaux sensorielles pour ne pas manquer une miette de découverte.

Elise

Par où commencer ? Psychomotricienne en Guyane française

La psychomotricité, les études, le DE, la soif de découverte, de voyage, de culture, de rencontre, la Guyane, le coup de coeur…?

Pour faire simple, je suis psychomotricienne en Guyane Française depuis maintenant trois ans. Résumer ces trois années me serait bien difficile, mais ce qui en ressort le mieux reste encore ce coup de coeur. Un coup de coeur sincère pour ce petit bout de France en Amérique du Sud, ce département si mal connu et pourtant si riche. Un mélange haut en couleur, entre l’amérique latine et l’afrique, teinté d’un bout d’asie, avec une mixité culturelle à vous faire saliver les voyageurs les plus expérimentés, et tout ça aux portes de l’amazonie, grande et majestueuse…

L’arrivée pourtant n’a pas été si aisée, trouver sa place professionnelle autant que personnelle, se recréer des repères, apprivoiser un nouvel environnement, des nouvelles personnes, un premier poste avec de vrais collègues et de vrais patients aussi. C’est donc auprès d’adultes, au sein d’un SSR, que je me suis lancée dans cette aventure Guyanaise. Le SSR, l’AVC, les neuropathies, les amputations, les PTH et PTG… autant de termes que je connaissais certes, mais sur le papier. Un vague souvenir peut-être de quelques heures de cours sur la prise en charge d’adultes en post AVC, sur l’accompagnement par rapport à l’héminégligence. Mais rien (ou si peu) sur l’impact culturel dans la prise en charge.

Les débuts donc, ont été un peu difficiles. Comment appréhender en tant que jeune professionnelle tout juste diplômée un milieu qui m’est totalement inconnu, des personnes souffrants de pathologies que je ne maîtrise pas, la rencontre avec tant de cultures et de langues parlées différentes (créoles, portugais, espagnol, hollandais, anglais, et des dizaines de dialectes de toutes sortes…). Comment trouver et faire sa place dans une équipe alors que j’ai moi-même du mal à définir mon rôle? Perdue au milieu du plateau technique des kinés, débordée par le nombre exorbitant de patients à voir, aspirée par des tâches, certes humaines mais hors de ma pratique professionnelle…. La théorie dans tout ça, m’a parue bien obsolète et bien pauvre au début. Faire des transferts pour soulager les équipes soignantes, porter les patients dans des espaces exigus pour leur permettre d’être assis au péril de notre dos car nous n’avons ni place ni matériels adaptés, seulement les bras et la motivation des jeunes professionnels que nous sommes. Parce que oui l’équipe est jeune et l’équipe change, beaucoup, souvent, le travail est ingrat et déprimant face à la souffrance. Nous passons plus de temps dans le brancardage, à slalomer entre les seaux disposés un peu partout pour paliers aux différentes fuites d’eau, à nous battre dans l’ascenseur lorsque celui-ci est bloqué, à changer les patients pour que les équipes soignantes n’aient pas à choisir entre la distribution des médicaments et les changes…

Notre métier dans tout ça, nous n’avons ni beaucoup de temps ni d’espace pour le faire, encore
moins pour le faire correctement. Entre l’usine et le dispensaire, la clinique ne fait pas bonne figure.
Mais il faut avancer, continuer et donner. Vous me direz que la psychomotricité est une profession de la relation, qu’il est nécessaire de prendre le temps, que le psychomotricien est à l’écoute, disponible psychiquement etcorporellement, qu’il ne peut pas travailler avec un flux de patients trop important afin d’être présent à chaque moment… c’est vrai, entièrement vrai. Mais alors qu’est-ce que j’aurais dû faire ? ou pu faire ? J’ai tout misé sur l’adaptation, quitte à en oublier un peu le cadre de mon métier, de ma place au début… J’étais la seule psychomotricienne, je n’avais ni salle, ni matériel, ni prescription adaptée. Et malgré une équipe jeune et dynamique, ma place de psychomotricienne n’était absolument pas établie, ni bien connue et comprise d’ailleurs. Et là, et bien, j’ai fait des choix, peut-être pas les meilleurs, mais les seuls qu’y m’étaient accessibles à ce moment là. Le bilan, ce fameux bilan psychomoteur, a été relégué au second plan. Trop long, trop théorique, absolument pas adapté au contexte, pas suffisamment maîtrisé non plus. J’ai cherché des solutions pour me démarquer de mes collègues ergothérapeutes, kinésithérapeutes, orthophonistes… La théorie me semblait bien pauvre et pas assez solide pour pouvoir m’appuyer dessus de façon sécure. C’est dans la relation avec mes patients que je me suis réfugiée. Malgré la barrière de la langue, presque systématique, malgré des cultures parfois diamétralement opposées d’un patient à l’autre (entre haïtiens, créoles, bushinenge, amérindiens, brésiliens, antillais….), malgré des locaux inadaptés…

j’ai finalement fait ma place petit à petit. Et c’est presque sans m’en rendre compte que je suis devenue psychomotricienne. Ce n’est pas, ou pas totalement ce fameux DE, ce bout de papier qui m’a appris le métier, mais bien la relation aux gens, la façon d’être en relation, d’écouter, d’observer, de parler avec et par le corps.

Il m’a fallu ces presque trois ans pour me sentir psychomotricienne, pour me sentir légitime dans une équipe pluridisciplinaire. Nous sommes maintenant 4 psychomotriciens dans la structure et je ressens le besoin de revenir à la théorie. Il me semble maintenant en comprendre l’enjeu réel alors qu’elle me semblait auparavant bien trop éloignée de la pratique que j’ai rencontrée, je me suis presque sentie trahie, abandonnée par cette théorie sur laquelle je n’ai pas réussie à m’appuyer.

Pourtant, en relisant ces lignes, je me rend compte que mon métier de psychomotricienne a toujours
été présent, dès le début, simplement un peu caché derrière des doutes et remises en question de mon identité professionnelle autant que personnelle. L’arrivée en Guyane m’a bouleversée, débusqué dans mes habitudes et mon petit confort. L’installation, la perte des repères, l’éloignement physique de ma famille, la découverte de nouvelleS cultureS, de nouveaux codes sociaux… autant de choses, j’imagine, que la majorité de ceux qui ont fait le choix de partir vivre ailleurs ont connu. Bouleversements des sens et des émotions, avec leurs lots de rires et de larmes, des rencontres, des séparations… Différent d’un voyage, souvent rassurant par sa limitation dans le temps, s’installer dans un ailleurs quel qu’il soit n’est pas toujours aisé mais tellement riche.

Aujourd’hui en Guyane depuis trois ans, Psychomotricienne assumée, j’ai pris un certain recul par rapport au contexte en focalisant mon regard sur les besoins et les manques dans le domaine de la santé, notamment en psychomotricité. Sans avoir les chiffres, la guyane est l’un des département où la population est la plus jeune en France, quelques études ont déjà été menées et ont largement mis en avant un manque évident de professionnels de santé, et un besoin plus que légitime de psychomotriciens. Je fais aujourd’hui partie du bureau de l’Association des Psychomotriciens de Guyane, et lorsque je lis ou que j’entends des témoignages, lorsque je rencontre d’autres psychomotriciens, de près ou de loin, je suis heureuse de voir que nous avons un bel avenir à tracer. Alors malgré une identité professionnelle parfois un peu difficile à assumer, à expliquer simplement, la psychomotricité est un beau métier et d’ici ou d’ailleurs nous devons nous assumer et nous faire
connaître 😉

mathilde.carbonnier@hotmail.fr

Psychomotricienne en Chine

Diplômer en 1992 (oui,  du siècle  dernier)   Je fais partie de premières psychomotriciennes à ouvrir un cabinet en 1995 en île de France puis en Bretagne en 1997 où l’offre de soins des psychomotriciens est encore plus rare.  Deux premières aventures professionnelles très formatrices.  Les contraintes de la construction d’une vie de famille me font partir du cabinet libéral pour travailler en tant que salarié,  passionnée par le travail et le contact des personnes âgées j’exerce en maison de retraite et en M.A.S (Maison d’accueil spécialisé en maladies dégénératives) jusqu’en 2012.

Jusqu’au jour où mon mari a l’opportunité de travailler en Chine, Toute la famille décolle alors pour  Wuhan . Je partais dans l’idée que je ne pourrais pas exercer comme psychomotricienne, en effet, le régime communiste Chinois interdit toute pratique en libérale et le visas de travail répondent à des critères stricts. Cependant je me rends vite compte que les lois sont plus souples qu’en France et qu’il est aisé de négocier avec l’administration chinoise. Cette expatriation est pour moi l’opportunité de m’investir dans une de mes passions « la gastronomie », pendant 1 an je vais assister le chef cuisinier chinois d’un restaurant français pour adapter ses propositions aux saveurs et gout de la population Chinoise. Mais un jour la psychomotricité me rattrape !

Le directeur de l’école d’entreprise française  de mes enfants connait ma formation et m’interpelle. Il veut que je l’aide pour certains enfants,  il me met à disposition du matériel est des salles. En effet, en chine il y a peu d’infrastructure et elles ne sont pas forcément adaptées de plus je n’ai aucun matériel. J’ai alors travaillé 3 ans dans cette structure auprès de la population d’enfants d’expatrier Français. Le travail était très intéressant cependant la distance thérapeutique était compliquer à maintenir car tous les expatrier habitent dans le même quartier, il est alors facile de s’y croiser et de fréquenter les mêmes personnes. De plus, j’étais la seul professionnel de santé dans la zone avec un médecin urgentiste qui ne s’est jamais senti concerné par mon travail,  je me suis senti bien seule pour communiquer mettre en place des aides techniques ou tout simplement et élaborer sur mes suivies.

La majorité des Français venant en Chine recherche une qualité de vie plus aisée qu’en France il est vrai que la vie est moins chère mais cela peu aussi avoir un revers désolant ou les expatrier se renferment sur eux et ne sortent pas de la communauté Francophone. D’autre part vivre de la psychomotricité n’est pas le meilleur projet pour s’enrichir en chine.  La culture est aussi très différentes de la nôtre, la répression du régime communiste se fait sentir dans les échange ou l’on ne se risque pas à parler de politique. Les médias et réseaux sociaux sont différents  Il vous faut un VPN acheté en France et payant tous les mois pour avoir accès  réseaux sociaux comme facebook etc…   

Puis notre famille a été mutée à Shanghai une mégalopole bien plus cosmopolite ou j’ai travaillé auprès du centre de santé  d’Acadomia  Le réseaux de professionnel de soins c’est alors élargies, il y avait des réunions régulièrement et même si nous étions que deux psychomotriciennes sur la ville cela a été  une bouffé d’air frais de pouvoir échanger sur la clinique. De plus j’ai découvert  Motriciquest  un outil en ligne qui m’a été d’une grande aide que j’utilise encore aujourd’hui.  Mon expérience et mes 3 ans à wuhan ont aussi été bénéfique face à mes employeurs, en effet, lorsque l’on est un(e) jeune expatriée on peu-être fragilisée par la masse de chose à découvrir, à comprendre, le besoin rapidement d’établir une situation financière et malheureusement on peut facilement  ce faire marcher dessus. Il ne faut pas hésiter à ouvrir son champs des possible en postulant dans des centres étranger à commencer par des temps partiels etc… En chine la politique avec les expatrier est très cyclique ils peuvent fermer leur frontière puis les ouvris de nouveaux plus tard.

Garder votre éthique professionnelle, rester claire dans sa façon d’exercer et prévoir un peu d’argent de côté pour pouvoir se retourner.

A Shanghai je recevais majoritairement des enfants d’expatrier français, anglais et aussi des enfants chinois à la recherche de soins médicaux différents. Si je me débrouille en anglais et en chinois il me manque un vocabulaire technique important,  je regret  qu’il n’y est toujours pas de cours de langue dans les études de psychomotricité. Cependant si cela pouvait être un frein pour certaine consigne ou pour l’échange avec les parents je me suis rendu compte que le langage est loin de contenir uniquement des mots et n’a pas été une barrière pour mener mes séances.  Comme je ne pensais pas pratiquer la psychomotricité en chine j’ai dû travailler sans matériel au début puis j’ai progressivement acheté ce que j’ai pu trouver sur place,  peu chère mais avec des normes de sécurité loin de celle de France.

Puis un autre défie professionnel c’est présenté à moi,  l’ISRP m’a contacté pour développer la formation des professionnels de santé chinois à la psychomotricité. Notamment des professionnels en neurologie.  Ils m’ont alors tout mis à disposition pour que je puisse élaborer des conférences, des formations principalement sur l’autisme et la gériatrie. La chine s’intéresse de plus en plus aux soins que l’on peut proposer en gériatrie et les professionnels se sont montrés très intéressés et concernés par la psychomotricité.

Enfin, il m’a fallu rentrer en France me réadapter à la lenteur administrative française et ses nombreuses lois qui ralentissent les procédures. J’ai de nouveau ouvert un cabinet de psychomotricité. Tranquillement je prends du recule sur mes années passées en chine, mes petits patients sont très curieux de cette expérience et me demande souvent si les médiations que j’utilise viennent de chine, ce qui n’est majoritairement pas le cas. Les médecines chinoises étaient trop loin de ma pratique et je ne m’y suis pas reconnue dedans. Exception faite en graphomotricité ou j’utilise la calligraphique chinoise. D’ailleurs il y a surement quelque chose à creuser de se coté là: les français écrivent en cursive les anglais en scripte et les chinois en caractère certains des enfants expatriés changeait de mode d’écriture au sein d’une même phrase. La question se pose aussi en termes d’investissement du geste, de l’émotion mise dans ses écritures.  Chères étudiants,  à bon entendeur! Mon travail en chine est  malheureusement rester sans suite car il n’y a pas eu de remplacement au centre de santé, c’est assez désolant surtout après mettre investie et avoir mis  en place plusieurs choses.

D. Valérie

debois.valerie@gmail.com

Propos recueillie par Elise