Master en psychomotricité dans le monde

Comme vu dans dans l’article suivant il y a une multitude Masters et d’autres diplômes ouverts aux psychomotriciens. Dans cet article je vais vous parler uniquement des Masters qui restent dans le domaine unique de la psychomotricité.

Il existe 4 Masters dans le monde spécifiques aux psychomotriciens :

  1. France proposé par L’isrp
  2. Liban par l’université de Beyrouth
  3. Portugal à Lisbonne et Evora

France – Paris –

le Master International en Psychomotricité (MIP)

L’organisation de la formation :

Le programme du MIP se déroule sur deux années (compatible avec un exercice professionnel) et permet d’accéder à un double diplôme :

  • Le titre d’Expert en psychomotricité à référentiel Européen (TE), titre reconnu de Niveau 1 par l’État Français.
  • Le diplôme de Master ouvrant la voie vers un cursus universitaire, à un niveau Doctorat par exemple.

C’est aujourd’hui la seule formation en France à délivrer un titre certifiant de niveau 1 en psychomotricité.

Le programme est constitué de 4 blocs de compétences qui assurent l’adéquation avec les nouveaux besoins médico-sociaux :

  • Expertise de situations complexes (travail du psychomotricien dans de nouveaux domaines)
  • Recherche clinique et application
  • Professionnalisation des acteurs (formation de professionnel) et formation en psychomotricité (au sein des IFP)
  • Gestion d’un budget et d’une équipe.

Ce cursus possède une très forte dimension internationale. Une partie des cours sont dirigés par des enseignants étrangers (en présence d’un interprète) afin de permettre d’intégrer les différentes cultures et pratiques de la psychomotricité.

Des séjours et stages sont réalisables dans l’ensemble des délégations de l’OIPR (Organisation Internationale de Psychomotricité et de Relaxation) .

La formation est accessible à l’issue de l’obtention du DE par voie classique, par l’alternance ou par la VAE (Validation des Acquis de l’Expérience) ou à distance car l’ensemble des cours sont enregistrés. Pour suivre les cours physiquement cela correspond à quelques journée de cours sur une semaine par mois ou mois et demi. Il est important de souligner que chaque année les cours s’étoffent, les étudiants actuels ont plus de cours que durant ma promotion.

Il donne accès à des métiers tels que :

  • Psychomotricien coordinateur,
  • Enseignant-chercheur en psychomotricité,
  • Formateur en psychomotricité,
  • Chef / chargé de projet,
  • Directeur adjoint,
  • Consultant en psychomotricité,
  • Directeur d’établissement à caractère médico-social.

Le MIP raconté par un psychomotricien :

Suite à l’obtention de mon Diplôme d’État de psychomotricien, je souhaitais poursuivre mes études et approfondir mes connaissances, notamment dans le champ de la recherche.

C’est ce qui m’a amené à m’inscrire au Master International en Psychomotricité. Son cursus m’a permis de me former à la méthodologie de recherche, à l’enseignement en psychomotricité, mais aussi au management d’équipes par le biais d’apports théoriques et pratiques.

Ces deux années de formation m’ont amenées à approfondir la compréhension de mon métier et de ses nouveaux champs d’interventions,

Notamment avec la spécificité de ce Master d’offrir une vision ouverte à l’internationale. Il m’a permis de développer un réseau de recherche et de réaliser toute l’étendue du travail que les psychomotriciens peuvent aujourd’hui accomplir pour faire évoluer notre profession !

Le grade Master m’a ouvert les portes d’un parcours universitaire où je réalise désormais un doctorat en science de l’éducation. Le MIP m’a amené à faire évoluer ma posture, en ajoutant à mon rôle de psychomotricien clinicien celui de psychomotricien chercheur. C’est un gain à la fois en connaissances et en maturité professionnelle.

iissop@psychomot.com

Master en psychomotricité de Beyrouth

Organisation de la formation :

Le Master est ouvert aux psychomotriciens qui peuvent alors justifier d’un Bac+3. Les cours sont délivrés en Français.

L’enseignement est organisé sur une journée de cours complète et deux fins de journée. Les étudiants en M1 (master première année) doivent réaliser deux fins d’après midi en stage au Centre de Diagnostique et de Soins en Psychomotricité (CDSP) à l’Université Saint Joseph de Beyrouth. Ainsi la poursuite du master est compatible avec une activité professionnelle à temps partiel.

Les apports du Master :

Le Master est un approfondissement des connaissances de la formation initiale. Il propose un enrichissement de la pratique par la mis en place d’une supervision sur le terrain. Un superviseur vous encadre lors de la première année sur le terrain puis vous avez l’opportunité d’avoir une ou plusieurs supervisions sur l’année.

Vous êtes aussi formé par le CDSP :

  • Aux entretiens familiaux
  • À la guidance parentale,
  • À communiquer avec les partenaires (thérapeutes, les écoles etc..)
  • À l’amélioration du savoir être
  • À la technicité
  • À l’initiation à la recherche

L’institut de psychomotricité (IPM) ne se limite pas qu’à ses professeurs et invite des chercheurs étrangers à parler de leurs travaux.

La deuxième année de Master est consacrée à la réalisation d’une thèse de recherche. Certains étudiants qui ne sont pas attirés par ce versant du métier s’arrêtent à la première année.

Les débouchés :

  • Chercheur et enseignant chercheur
  • Conseiller dans les entreprises de matériel
  • Consultant dans les administrations de santé, réseaux d’éducation, des organismes gouvernementaux
  • Chargé de mission de prévention/éducation
  • Coordinateur d’équipe soignante orienté vers les métiers de la rééducation
  • Directeur/trice de structure
  • Chargé de projet dans les domaines de la santé et du handicap

lkpsychomot@gmail.com

Master en Psychomotricité Réhabilitation de Lisbonne

Une fois encore ce Master est proposé sur 2ans avec 120 ECTS. Les cours sont dispensés en portugais.

Les débouchés:

  • Approfondir ses connaissances
  • Coordination de service ou d’un programme psychomoteur
  • Psychomotricien chercheur

Portugal – Évora-

Master en psychomotricité

Je m’appelle Liliane, je suis portugaise et psychomotricienne depuis 2013 diplômée de la faculté de motricité humaine de Lisbonne. Au Portugal, la licence de psychomotricité vous donne le statut de « psychomotricien généraliste ». J’ai exercé auprès de patients avec des handicaps cognitifs et avec des patients polyhandicapés ainsi qu’en crèche. En parallèle, je me suis formée à la pratique Snoezelen.  

Malgré cela, je ressentais le besoin d’approfondir mes connaissances et c’est pour cela que je me suis lancé dans le  Master de psychomotricité à Evora celui-ci allait me donner une spécialisation.  

L’organisation du Master :

La première année de formation est organisée en cours théorique et pratique quelques jours par semaine ce qui me permet d’avoir une activité salariale à côté.  La formation offre des cours que l’on ne retrouve pas dans la formation Licence de psychomotricité comme : 

  • Méthodologie d’investigation quantitative (apprendre les statistiques) 
  • Méthodologie observationelle de l’expression Psychomotrice (apprentissage de méthodes de recherche)
  • Psychomotricité et fonctions psychoneurologiques  
  • Psychomotricité et psychossomatique
  • Kinésiologie et psychomotricité (biomécanique du corps et son analyse)
  • Communication non verbale (analyse des postures et du message qu’elles transmettent en s’appuyant sur les recherches scientifiques) 
  • Planification en santé et gouvernance de la pratique clinique 
  • Séminaires cliniques (différents professeurs très spécialisés nous donnent des conférences)
  • Mémoire de maîtrise ou rapport de stage

La seconde année des cours sont dispensés dans les premiers mois, puis les étudiants entreprennent un projet de recherche ou un simple stage.

Le Master de psychomotricité raconté par une psychomotricienne :

J’ai choisi de réaliser mon stage, à l’hospital do Espírito Santo dans le secteur pédiatrique.  Ce stage me donne l’opportunité d’assister aux rendez-vous médicaux menés par le pédiatre et le psychiatre. Je réalise des suivis psychomoteurs sous la prescription du pédiatre de service. Je reçois des enfants entre 2 ans et 10 ans pour trouble du développement, anxiété, difficultés dans les  apprentissage…

Ce Master m’a donné l’opportunité d’approfondir mes connaissances d’une part avec ce stage de pointes, d’autre part avec la disponibilité des professeurs pour échanger, les débats avec les camarades de classe.  Avec le Master je me sens plus confiante dans ma posture de professionnelle. 

Aujourd’hui je suis indépendante, avec le Master j’espère obtenir un emploi plus stable dans lequel je pourrai évoluer.

Lilliane Pereira

Une psychomot à Mayotte

Diplômée de l’IRFP de La Réunion en 2017, je me lance directement dans le monde du travail en couplant un CDI en IMPro à 80% où j’accompagne des adolescents présentant une déficience intellectuelle, et une journée par semaine en libéral en MECS, où j’accompagne des enfants et des adolescents victimes de maltraitances. 

En 2021, la directrice de l’IMPro où j’exerçais, s’est lancé comme projet de développer l’offre médico-social sur un autre petit caillou de l’Océan Indien : Mayotte. L’objectif de la mission : construire un établissement d’hébergement pour personne en situation de polyhandicap. En attendant la construction de cet EEAP,( Etablissement de service pour Enfant et Adolescent Polyhandicapé) et pour répondre à l’urgence sanitaire (notamment sur le plan de la rééducation), une Équipe Mobile dédiée au Polyhandicap est montée : SAYIDIWA (“être aidé”, en shimaoré). Cette équipe pluridisciplinaire (ergothérapeute, psychologue, AES, aide-soignante, assistante-sociale, éducateur et psychomotricienne) se rend à domicile sur l’ensemble de l’île, particulièrement dans les quartiers défavorisés appelés “bangas”. 

La proposition de ma directrice de m’avoir dans son équipe n’a pas mis longtemps à trouver réponse, malgré un manque d’expérience auprès de personnes en situation de polyhandicap : le 1er septembre 2021, j’atterrissais sur l’île (atterrissage qui mérite qu’on s’y attarde : une vue imprenable sur le lagon et la barrière de corail). L’une des raisons de ce départ : une folle envie de bouger et de découvrir de nouveaux horizons après ces dernières années covidées… J’ai en effet la bougeotte depuis quelques années (merci papa, merci maman de m’avoir contaminé) : Vietnam, Afrique du Sud, Kenya… Impossible de rester en place, il était impératif que je découvre un nouvel endroit, une nouvelle culture, un nouveau public, aussi, avec lequel je n’avais pas encore travailler. Mon dada, c’est la rencontre et la découverte, avec une soif de toujours apprendre de nouvelles choses. 

Mayotte

L’île de Mayotte est située dans l’océan Indien, à quelque 400 km au nord-ouest de l’île de Madagascar, de 1500km de La Réunion et à 300 km des côtes africaines, à l’entrée du canal de Mozambique.

Au recensement de 2012, l’INSEE recensait 212.000 habitants, avec 566 habitants au km². 70% de cette population ont moins de 25 ans. Mais ce chiffre est sous-évalué du fait des personnes en situation irrégulière non comptabilisées. Un habitant de l’île de Mayotte sur trois est un étranger en situation irrégulière. 

Africains, Malgaches et plus récemment Réunionnais, ont peuplé Mayotte tout le long des siècles depuis le VIIème siècle. Ce qui explique que la langue maternelle soit le shimaoré (langue d’Afrique, proche du Swahili) pour 71% des habitants de Mayotte, le malgache pour 22% d’entre eux. 95% des Mahorais pratiquent un Islam animiste, pratiqué au Sénégal et au Maroc.

Le lagon de Mayotte, incroyablement riche, est le plus beau lagon du monde selon Le Petit Futé en 2017 . Tortues, raies, requins, dugongs, dauphins, coraux de toutes les couleurs… On ne se lasse pas de plonger en palmes, masques et tubas pour l’observer. 

On ne s’ennuie jamais : faire le tour du cratère volcanique Dziani et de son eau vert émeraude, nourrir les makis sur la plage de N’Gouja après avoir nagé avec une dizaine de tortues, se faire déposer sur un îlot de sable blanc émergeant de l’eau pour un apéro, une raclette, ou pour bronzer, gravir le mont Choungui pour avoir une vue à 360° sur l’île, se reposer dans les hamacs de Combani après avoir mangé une fondue au chocolat ou bien s’immerger dans le tumulte de la vie mahoraise à Mamoudzou…

Le Handicap à Mayotte

http://www.alefpa.asso.fr/

A Mayotte, le handicap est longtemps resté invisible, parce que le système médical n’offrait pas d’accompagnement spécialisé. Les personnes en situation de handicap restaient chez eux, à domicile Peu de structures offraient jusqu’alors des accompagnements rééducatifs et thérapeutiques, en dehors du Centre Hospitalier de Mamoudzou. Il n’existait pas d’accompagnement spécialisé vis-à-vis de ce public jusqu’à la fin des années 1980. Seul existait

un système d’aide associative et d’entraide sociale villageoise, de solidarité traditionnelle dit « musada ». Avant la création de la MDPH en 2010, il était impossible d’avoir un dénombrement des personnes en situation de handicap.  

Aujourd’hui, la connaissance du handicap et son accompagnement sont en plein essor sur l’île. L’Equipe Mobile dédiée au Polyhandicap fait partie des réponses données à cette urgence sanitaire.

Vivre et travailler à Mayotte

Mayotte, c’est quitte ou double, tout le monde vous le dira : “soit on l’aime, soit on ne s’y fait pas”.

Y vivre, c’est apprendre à concilier la vie chère, les périodes d’insécurités (barrage, caillassage, vol à l’arrachée…), les embouteillages, les coupures d’eau fréquentes, les décharges à ciel ouvert, les tensions politiques et migratoires… avec la gentillesse et la générosité des mahorais, les mariages, les courses de pneus, les paysages magnifiques, le sublime lagon, les rencontres exceptionnelles, les sorties bateaux, les couchers de soleil sur l’horizon de l’Océan Indien, le shimaoré, la faune et la flore remarquable (makis, margouillats, paille-en-queue, chauve-souris, tortues, ylang-ylang, vanille…), les danses et les chants traditionnels, les couleurs des fruits, des salouvas (tenue traditionnelle mahoraise), des marchés… 

Y travailler, à domicile pour ma part, c’est aller à la rencontre de personnes résilientes, patientes et accueillantes. La plupart de mes petits patients ont traversé la mer depuis les Comores, avec leur famille, dans des barques de fortune appelées Kwassa Kwassa (traversée dangereuse d’une dizaine d’heures, dans des conditions peu agréables). Ils viennent sur Mayotte avoir l’espoir d’obtenir des soins adéquats pour leurs enfants en situation de handicap, une scolarité pour la fratrie, un métier pour eux. La vie dans les bangas n’est pas évidente. Pour mieux s’en rendre compte, il faut aller sur place. Ou alors, à défaut, il faut lire Tropiques de la violence de Nathacha Appanah (sort bientôt en film). Mais les familles que j’ai eu la chance de rencontrer, avec mon équipe, nous ont ouverts leur porte avec générosité et bienveillance. Il ne faut pas perdre de vue le climat d’insécurité qui est toujours présent, mais il ne faut pas non plus basculer dans la paranoïa. 

Sur le plan professionnel, la rencontre avec les enfants en situation de polyhandicap m’a fait sortir de ma zone de confort : comment accompagner un enfant qui ne réagit pas de manière visible et systématique à mes stimulations ? Comment accompagner une petite fille dont le seul mouvement perceptible est le battement de ses paupières ? Comment accompagner ces enfants avec le peu de moyen dont je disposais, dans leurs cases en tôle, inondées par les pluies cycloniques, allongés à même le sol et en état de dénutrition… L’adaptation, on le sait, est l’une des principales caractéristiques du psychomotricien. Alors il a fallu faire force d’adaptation – et non d’habituation, parce qu’on ne peut s’habituer à la misère – et improviser, pour permettre à ces enfants d’accéder à un état de bien-être et de mieux-être peu importe le contexte. 

Mayotte attire, surprend, épuise, fascine. Mayotte c’est une expérience humaine enrichissante et exceptionnelle que l’on ne peut pas oublier. 

Marie.

Marie.ROUDON@alefpa.re

De Tunis à Paris – De Paris à Tunis

– La naissance d’une psychomotricienne- 

Ces dernières années la psychomotricité a fait un bon énorme en Tunisie. Je vous propose le témoignage de Fatma, psychomotricienne engagée qui a aidé la psychomotricité à prendre de l’ampleur en Tunisie  

 

Étude de psychomotricité en Tunisie 

J’ai toujours voulu travailler auprès d’enfants et dans le paramédical la psychomotricité a donc été pour moi une combinaison parfaite. 

Avant 2013  la première année était en  « tronc commun » avec la formation de psychologue. Désormais les études de psychomotricité ont leur cursus propre au sein de la faculté des sciences humaines et sociales de Tunis. Un stage long par semestre est demandé. Les associations étudiantes de psychomotricien tunisien sont très actives, je vous invite d’ailleurs à les soutenir sur leur page Facebook ici.

 
Un Stage en France 

Dès ma première année je me suis intéressée à ce qu’il se faisait en psychomotricité à l’étranger.

Pour ma dernière année j’était déterminée à avoir une expérience à l’étranger. Je pense avoir envoyé une centaine de demandes. Dès qu’une réponse positive est arrivée, j’ai sauté sur l’occasion sans vraiment réfléchir… c’était Paris.

Je me retrouve alors stagiaire dans un centre recevant des enfants porteurs de polyhandicap. J’y ai retrouvé un matériel identique, un language commun, ce qui m’a rassuré sur ma pratique. J’ai pu observer qu’en France la formation était plus axée sur la pratique corporelle qu’en Tunisie. J’ai aussi appris beaucoup sur la méthodologie du travail multidisciplinaire et la communication avec le patient. 

 

 

La psychomotricité en Tunisie 

À la fin de mes études j’ai ouvert mon cabinet dans ma ville natale:  Safax. Je suis l’unique psychomotricienne de toute la ville ! Je démarche alors les spécialistes pour ma pratique et mon métier, les pédopsychiatres se montrent assez encourageants et soutenants. Je puise en eux un réel soutient.

Aujourd’hui, encore la majeure partie de ma patientèle arrive par leurs indications ainsi que des Écoles. Cela soulève alors le manque de communication entre les paramédicaux du secteur libéral. En effet, on reçoit parfois les mêmes patients,  mais je ressent un grand manque de fluidité dans l’échange d’information ce qui impact l’orientation des patients d’un professionnel à un autre et leur arrivé dans mon cabinet sans connaissance antérieure de la raison de leur venue.

« Je vois la psychomotricité en Tunisie, comme un bébé qui prend petit à petit conscience de son corps. Les premiers pas chancelants de la psychomotricité en Tunisie commencent à gagner en confiance. »

Il est clair qu’en Tunisie la psychomotricité est en plein essor autant au niveau académique que dans la pratique professionnelle. Il manque encore des professionnels diplômés et expérimentés. De plus, les champs de l’adulte et de la gériatrie ne sont pas franchement abordés. La psychomotricité en Tunisie aujourd’hui est une pratique principalement tournée vers les enfants et les adolescents. 

 

ammarfatma49@yahoo.com

propos recueillis par Elise

Formation aux saveurs de l’Europe

3 pays, pour 1 formation en psychomotricité

Danemark

Attiré par la médecine et la psychologie, je ne trouvais pas de formation qui me correspondait. Je me suis inscrit à la fac de médecine et après quelques mois de ce que l’on appelle la « paces » j’ai découvert le métier de psychomotricien qui, après des rencontres et des stages devint une évidence “je veux faire de la psychomotricité mon métier.”

J’ai essayé de préparer le concours seul durant les derniers mois qu’il me restait mais sans grand succès, je ne voulais pas renoncer ni perdre mon temps alors je me suis renseigné auprès des écoles Belges qui acceptent les étudiants sur dossier. J’ai préparé un dossier, ou plutôt un gros colis pour une école bruxelloise, nommée à l’époque IORT (Instit d’Optique Raymond Tibault) mais dorénavant IIP (Institut Ilya Prigogine). Elle est rattachée à la HELB (Haute Ecole Libre de Bruxelles). Celle-ci m’a acceptée, je suis entré dans une promotion de 80 étudiants qui deviendra une promotion de 15 en troisième année, cela dû à la retombée de la non reconnaissance de la profession de psychomotricien en Belgique, de 2015.

En effet, le diplôme provenant du bachelier en psychomotricité (licence) est valide et reconnu par l’état belge, mais la profession quant à elle n’est pas protégée. Plusieurs actions sont en cours encore à ce jour pour faire revenir la ministre de la santé sur sa décision (elle considère que les psychomotriciens ne sont pas nécessaires, que avec les kinésithérapeutes et les ergothérapeutes, c’est suffisant) à différents niveaux (fédéral et européen).

Mon école a plusieurs particularités, celle de ne diplômer que les plus de 23 ans par souci de maturité, et de proposer 3 grosses journées de cours et 2 journées libres pour avoir un job étudiant. Cela s’appelle l’enseignement en Promotion Social. De plus, l’école propose 12 mois d’Erasmus divisible en deux si on le souhaite. On peut également effectuer ces 12 mois à l’étranger l’année suivant notre diplôme, toujours avec le statut d’étudiant.

Mes études étant réparties sur 4 ans du fait de mon âge, j’en ai profité pour faire deux stages Erasmus. L’un à Copenhague à L’UCC ( University College Copenhagen) dont les locaux de psychomotricité se situent à Hillerod, une petite ville au Nord de Copenhague. J’étais alors avec des étudiants Français, Espagnols, Vietnamiens, Danois…

J’ai découvert leur vision de la pratique de la psychomotricité. Les cours Danois sont répartis autour de 3 grandes sphères :

  • Education sportive (mais exercices tournés « psychomoteurs »)
  • Psychothérapie
  • « Massage thérapeutique » qui est une technique bien précise 

Au Danemark la psychomotricité est pratiquée auprès des adultes et des personnes âgées, pour les enfants nous retrouvons une formation de pédagogue en deux ans. 

« L’atmosphère du pays est très agréable avec le « HYGGE » une sorte de philosophie de vie, « cocooning », conviviale où prendre de la distance avec nos préoccupations est le maître mot. « 

Après un nouveau semestre en Belgique je repars en Erasmus en France cette fois pour 4 mois de stage. D’origine française, j’en apprends peu sur la culture mais la reconnaissance du métier dans les institutions publiques me surprend positivement. En Belgique, si les études sont reconnues, la psychomotricité n’est pratiquée que dans le secteur privé (majoritairement en cabinet). Cela change peu à peu avec l’ouverture de centres pluridisciplinaires où nous travaillons avec des logopèdes (orthophonistes), kinésithérapeutes, médecins, ergothérapeutes, psychologues…

Certaines personnes travaillent aussi dans des services publiques mais souvent sous un autre titre que psychomotricien (double diplôme avec la kinésithérapie par exemple).  D’autre part, venir en France me rassure sur l’apprentissage théorique que l’on a en Belgique, la différence se trouverait dans certains auteurs pris en exemple et ressources théoriques, et dans la sphère relationnelle qui est très développée au sein de mon école.

Aujourd’hui j’aime ma vie en Belgique mais je souhaiterais tout de même travailler dans un autre pays. Les équivalences pour la France sont aujourd’hui gelées je pense donc me tourner vers la Suisse.

benjaminnasschaert@gmail.com 

Propos recueillis par Elise

Psychomot en Polynesie francaise

Apres 18 ans dans la marine comme photographe de guerre, quelques tours du monde et quelques guerres, je fini ma carrière en Polynésie française. Je deviens moniteur de plongée, un travail qui me fait découvrir le milieu du soin en accompagnant des jeunes porteurs de handicap mais qui est peu compatible avec ma vie de famille. Je dois me déplacer sur les îles de l’archipel et je travail souvent le week-end au grand désespoir de ma femme qui est infirmière avec autant de contraires professionnelles.

Je décide alors de rentrer à la FAC de médecine de Tahiti qui est une branche de la fac de Bordeaux. Celle ci offrait 2 places de psychomotricité à qui réussirait à se classer. Une fois accepté je m’envole pour la métropole et effectue mes 3 ans d’études à Bordeaux . Je fais un mémoire sur l’eau tout en notant que les références principales traitent de l’exploration de la médiation aquatique uniquement en surface et non sous l’eau.

De retour a Tahiti j’ouvre mon cabinet et continue la plongée à coté, un post en pédopsychiatrie s’ouvre avec la médiation plongée. Je saisi l’occasion et me retrouve à plonger avec des jeunes autistes. Une médiation passionnante qui mériterait son propre article …

L’organisation des soins psychomoteurs n’a pas été aisée en pédopsychiatrie. On se déplaçait pour rencontrer les patients sur différentes îles. Le temps de latence entre deux séances nous a fait choisir un mode de prise en charge basé sur l’éducation thérapeutique du patient et de mini formations avec le personnel et les aidants sur place… quand il y en avait. Le matériel devait rentrer dans un petit sac, c’est alors que l’environnement est devenue ma première source d’inspiration (mer, sable, arbre etc… De plus, en Polynésie française beaucoup de croyances tournent autour de l’eau et de la terre.

Aujourd’hui, j’interviens à l’hôpital en « transversal », c’est à dire que je suis présent sur plusieurs services allant de la chirurgie avec la prise en charge de la rééducation des membres fantôme jusqu’à la néonatalité en passant par la psychiatrie. Un gros travail de sensibilisation et d’explication de mon travail est nécessaire auprès des équipes soignantes, je prends beaucoup de temps pour montrer et expliquer les prises en charges et surtout les résultats de celles-ci.

propos recueillis par Elise

la solidarité internationale en 4 points positifs

On doit bien le reconnaître, nos articles sont  critiques sur la solidarité et l’humanitaire

 solidarité internationale – Oui, mais pourquoi ?

Notre objectif est de casser l’image du génialissime occidental n’écoutant que sont courage et sa bonté pour aller implanter la bonne façon de soigner.

« Aller ! Range les aiguilles acupuncture et ta tisane de plante verte je vais t’expliquer!   » pourrait on dire aux pratiquants de médecines asiatiques.

De mettre en garde contre les organismes qui transforment la solidarité en un business

1 chemin pour 2 parcours

Surtout, de faire réfléchir sur ce pourquoi on part : besoin de fuir une situation problématique, de prendre le temps de réfléchir sur soi , de s’acheter une conscience…

bien choisir sa mission de solidarité internationale

Ainsi que de réfléchir à ce qu’on laisse dernière nous en partant «  des soins psychomoteurs durant 2 mois puis plus rien pendant 10 autres mois ,  Un nouveau psychomotricien tout les mois,  qu’en est-il de la relation thérapeutique, de la confiance et du vécu abandonnique. 

Néanmoins

Loin de nous l’idée de vous couper l’envie d’être solidaire par peur de faire plus de mal que de bien.  Cet article est uniquement consacré aux points positifs de la solidarité internationale.

  1.  Échanger

Il faut bien l’avouer, parfois les professionnels sur place sont souvent débordés et épuisés. Ils nous voient arriver et nous « refilent » plus qu’ils ne nous expliquent les patients à charge.  On est alors considérées comme de la main d’oeuvre gratuite !

Regardons le bon côté des choses. Nous leur offrons un relais, chose qu’ils n’auraient jamais pu se permettre. On connait toutes les dérives que peuvent engendrer l’épuisement professionnel (qui est souvent déjà là même avant notre arrivé). De plus nos interventions sont souvent une maigre réponse dans un désert médicale, est ce mieux que rien? est ce de l’assistanat plutôt que de l’aide? je vous laisse le loisir de méditer. 

Si l’utopie est permise on peut aussi imaginer que petit à petit avec la venue d’une équipe régulière un lien va se créer et progressivement une véritable sensibilité au métier ou simplement à certaines techniques peuvent émerger.

Certaines associations mettent chaque année des fonds de côté pour pouvoir financer une formation aux professionnels sur place. C’est rare mais ça arrive. 

 2. Revaloriser 

Autant les professionnels que les patients. Que ce soit de nous voir, nous les Français avec tout notre savoir , négocier des heures avec Lisa pour qu’elle fasse quelque chose au même titre que n’importe quelle autre personne qui s’est aussi essayé des heures pour faire bouger Lisa. Où encore entendre des « bah c’est bon ! ça je le fait déjà! » lancé par un professionnel sur place.  Ce sont autant de façon de valider leur travail, de les gratifier.

Pour les patients c’est un peu plus complexe, ce qu’il va garder de notre intervention va dépendre du temps que nous restons, de ses capacités cognitives de son investissement dans une relation (qu’il sait) éphémère. Un peu d’attention, de félicitations, de mise en valeur par une personne avec un regard neuf, et bien même si ce n’est qu’une fois ça fait du bien.

3. Se faire connaître 

Mine de rien « I am psychomotor thérapist, I work on the link betwen the body and mind »  On informe on parle de notre métier et en humanitaire on le montre. C’est une voie par laquelle on s’implante, quand une action de création du métier est mise en oeuvre, certaines instances ont déjà entendues parler de la discipline.

4.  M’échanger – Me revaloriser – Me connaître

On part aussi beaucoup pour soi, se tester, se changer, se revaloriser personnellement ou professionnellement et pour apprendre à se connaître. Parce qu’il n’y a que dans un contexte comme celui là où l’on ouvre grand nos canaux sensorielles pour ne pas manquer une miette de découverte.

Elise

Par où commencer ? Psychomotricienne en Guyane française

La psychomotricité, les études, le DE, la soif de découverte, de voyage, de culture, de rencontre, la Guyane, le coup de coeur…?

Pour faire simple, je suis psychomotricienne en Guyane Française depuis maintenant trois ans. Résumer ces trois années me serait bien difficile, mais ce qui en ressort le mieux reste encore ce coup de coeur. Un coup de coeur sincère pour ce petit bout de France en Amérique du Sud, ce département si mal connu et pourtant si riche. Un mélange haut en couleur, entre l’amérique latine et l’afrique, teinté d’un bout d’asie, avec une mixité culturelle à vous faire saliver les voyageurs les plus expérimentés, et tout ça aux portes de l’amazonie, grande et majestueuse…

L’arrivée pourtant n’a pas été si aisée, trouver sa place professionnelle autant que personnelle, se recréer des repères, apprivoiser un nouvel environnement, des nouvelles personnes, un premier poste avec de vrais collègues et de vrais patients aussi. C’est donc auprès d’adultes, au sein d’un SSR, que je me suis lancée dans cette aventure Guyanaise. Le SSR, l’AVC, les neuropathies, les amputations, les PTH et PTG… autant de termes que je connaissais certes, mais sur le papier. Un vague souvenir peut-être de quelques heures de cours sur la prise en charge d’adultes en post AVC, sur l’accompagnement par rapport à l’héminégligence. Mais rien (ou si peu) sur l’impact culturel dans la prise en charge.

Les débuts donc, ont été un peu difficiles. Comment appréhender en tant que jeune professionnelle tout juste diplômée un milieu qui m’est totalement inconnu, des personnes souffrants de pathologies que je ne maîtrise pas, la rencontre avec tant de cultures et de langues parlées différentes (créoles, portugais, espagnol, hollandais, anglais, et des dizaines de dialectes de toutes sortes…). Comment trouver et faire sa place dans une équipe alors que j’ai moi-même du mal à définir mon rôle? Perdue au milieu du plateau technique des kinés, débordée par le nombre exorbitant de patients à voir, aspirée par des tâches, certes humaines mais hors de ma pratique professionnelle…. La théorie dans tout ça, m’a parue bien obsolète et bien pauvre au début. Faire des transferts pour soulager les équipes soignantes, porter les patients dans des espaces exigus pour leur permettre d’être assis au péril de notre dos car nous n’avons ni place ni matériels adaptés, seulement les bras et la motivation des jeunes professionnels que nous sommes. Parce que oui l’équipe est jeune et l’équipe change, beaucoup, souvent, le travail est ingrat et déprimant face à la souffrance. Nous passons plus de temps dans le brancardage, à slalomer entre les seaux disposés un peu partout pour paliers aux différentes fuites d’eau, à nous battre dans l’ascenseur lorsque celui-ci est bloqué, à changer les patients pour que les équipes soignantes n’aient pas à choisir entre la distribution des médicaments et les changes…

Notre métier dans tout ça, nous n’avons ni beaucoup de temps ni d’espace pour le faire, encore
moins pour le faire correctement. Entre l’usine et le dispensaire, la clinique ne fait pas bonne figure.
Mais il faut avancer, continuer et donner. Vous me direz que la psychomotricité est une profession de la relation, qu’il est nécessaire de prendre le temps, que le psychomotricien est à l’écoute, disponible psychiquement etcorporellement, qu’il ne peut pas travailler avec un flux de patients trop important afin d’être présent à chaque moment… c’est vrai, entièrement vrai. Mais alors qu’est-ce que j’aurais dû faire ? ou pu faire ? J’ai tout misé sur l’adaptation, quitte à en oublier un peu le cadre de mon métier, de ma place au début… J’étais la seule psychomotricienne, je n’avais ni salle, ni matériel, ni prescription adaptée. Et malgré une équipe jeune et dynamique, ma place de psychomotricienne n’était absolument pas établie, ni bien connue et comprise d’ailleurs. Et là, et bien, j’ai fait des choix, peut-être pas les meilleurs, mais les seuls qu’y m’étaient accessibles à ce moment là. Le bilan, ce fameux bilan psychomoteur, a été relégué au second plan. Trop long, trop théorique, absolument pas adapté au contexte, pas suffisamment maîtrisé non plus. J’ai cherché des solutions pour me démarquer de mes collègues ergothérapeutes, kinésithérapeutes, orthophonistes… La théorie me semblait bien pauvre et pas assez solide pour pouvoir m’appuyer dessus de façon sécure. C’est dans la relation avec mes patients que je me suis réfugiée. Malgré la barrière de la langue, presque systématique, malgré des cultures parfois diamétralement opposées d’un patient à l’autre (entre haïtiens, créoles, bushinenge, amérindiens, brésiliens, antillais….), malgré des locaux inadaptés…

j’ai finalement fait ma place petit à petit. Et c’est presque sans m’en rendre compte que je suis devenue psychomotricienne. Ce n’est pas, ou pas totalement ce fameux DE, ce bout de papier qui m’a appris le métier, mais bien la relation aux gens, la façon d’être en relation, d’écouter, d’observer, de parler avec et par le corps.

Il m’a fallu ces presque trois ans pour me sentir psychomotricienne, pour me sentir légitime dans une équipe pluridisciplinaire. Nous sommes maintenant 4 psychomotriciens dans la structure et je ressens le besoin de revenir à la théorie. Il me semble maintenant en comprendre l’enjeu réel alors qu’elle me semblait auparavant bien trop éloignée de la pratique que j’ai rencontrée, je me suis presque sentie trahie, abandonnée par cette théorie sur laquelle je n’ai pas réussie à m’appuyer.

Pourtant, en relisant ces lignes, je me rend compte que mon métier de psychomotricienne a toujours
été présent, dès le début, simplement un peu caché derrière des doutes et remises en question de mon identité professionnelle autant que personnelle. L’arrivée en Guyane m’a bouleversée, débusqué dans mes habitudes et mon petit confort. L’installation, la perte des repères, l’éloignement physique de ma famille, la découverte de nouvelleS cultureS, de nouveaux codes sociaux… autant de choses, j’imagine, que la majorité de ceux qui ont fait le choix de partir vivre ailleurs ont connu. Bouleversements des sens et des émotions, avec leurs lots de rires et de larmes, des rencontres, des séparations… Différent d’un voyage, souvent rassurant par sa limitation dans le temps, s’installer dans un ailleurs quel qu’il soit n’est pas toujours aisé mais tellement riche.

Aujourd’hui en Guyane depuis trois ans, Psychomotricienne assumée, j’ai pris un certain recul par rapport au contexte en focalisant mon regard sur les besoins et les manques dans le domaine de la santé, notamment en psychomotricité. Sans avoir les chiffres, la guyane est l’un des département où la population est la plus jeune en France, quelques études ont déjà été menées et ont largement mis en avant un manque évident de professionnels de santé, et un besoin plus que légitime de psychomotriciens. Je fais aujourd’hui partie du bureau de l’Association des Psychomotriciens de Guyane, et lorsque je lis ou que j’entends des témoignages, lorsque je rencontre d’autres psychomotriciens, de près ou de loin, je suis heureuse de voir que nous avons un bel avenir à tracer. Alors malgré une identité professionnelle parfois un peu difficile à assumer, à expliquer simplement, la psychomotricité est un beau métier et d’ici ou d’ailleurs nous devons nous assumer et nous faire
connaître 😉

mathilde.carbonnier@hotmail.fr