De Tunis à Paris – De Paris à Tunis

– La naissance d’une psychomotricienne- 

Ces dernières années la psychomotricité a fait un bon énorme en Tunisie. Je vous propose le témoignage de Fatma, psychomotricienne engagée qui a aidé la psychomotricité à prendre de l’ampleur en Tunisie  

 

Étude de psychomotricité en Tunisie 

J’ai toujours voulu travailler auprès d’enfants et dans le paramédical la psychomotricité a donc été pour moi une combinaison parfaite. 

Avant 2013  la première année était en  « tronc commun » avec la formation de psychologue. Désormais les études de psychomotricité ont leur cursus propre au sein de la faculté des sciences humaines et sociales de Tunis. Un stage long par semestre est demandé. Les associations étudiantes de psychomotricien tunisien sont très actives, je vous invite d’ailleurs à les soutenir sur leur page Facebook ici.

 
Un Stage en France 

Dès ma première année je me suis intéressée à ce qu’il se faisait en psychomotricité à l’étranger.

Pour ma dernière année j’était déterminée à avoir une expérience à l’étranger. Je pense avoir envoyé une centaine de demandes. Dès qu’une réponse positive est arrivée, j’ai sauté sur l’occasion sans vraiment réfléchir… c’était Paris.

Je me retrouve alors stagiaire dans un centre recevant des enfants porteurs de polyhandicap. J’y ai retrouvé un matériel identique, un language commun, ce qui m’a rassuré sur ma pratique. J’ai pu observer qu’en France la formation était plus axée sur la pratique corporelle qu’en Tunisie. J’ai aussi appris beaucoup sur la méthodologie du travail multidisciplinaire et la communication avec le patient. 

 

 

La psychomotricité en Tunisie 

À la fin de mes études j’ai ouvert mon cabinet dans ma ville natale:  Safax. Je suis l’unique psychomotricienne de toute la ville ! Je démarche alors les spécialistes pour ma pratique et mon métier, les pédopsychiatres se montrent assez encourageants et soutenants. Je puise en eux un réel soutient.

Aujourd’hui, encore la majeure partie de ma patientèle arrive par leurs indications ainsi que des Écoles. Cela soulève alors le manque de communication entre les paramédicaux du secteur libéral. En effet, on reçoit parfois les mêmes patients,  mais je ressent un grand manque de fluidité dans l’échange d’information ce qui impact l’orientation des patients d’un professionnel à un autre et leur arrivé dans mon cabinet sans connaissance antérieure de la raison de leur venue.

« Je vois la psychomotricité en Tunisie, comme un bébé qui prend petit à petit conscience de son corps. Les premiers pas chancelants de la psychomotricité en Tunisie commencent à gagner en confiance. »

Il est clair qu’en Tunisie la psychomotricité est en plein essor autant au niveau académique que dans la pratique professionnelle. Il manque encore des professionnels diplômés et expérimentés. De plus, les champs de l’adulte et de la gériatrie ne sont pas franchement abordés. La psychomotricité en Tunisie aujourd’hui est une pratique principalement tournée vers les enfants et les adolescents. 

 

ammarfatma49@yahoo.com

propos recueillis par Elise

Formation aux saveurs de l’Europe

3 pays, pour 1 formation en psychomotricité

Danemark

Attiré par la médecine et la psychologie, je ne trouvais pas de formation qui me correspondait. Je me suis inscrit à la fac de médecine et après quelques mois de ce que l’on appelle la « paces » j’ai découvert le métier de psychomotricien qui, après des rencontres et des stages devint une évidence “je veux faire de la psychomotricité mon métier.”

J’ai essayé de préparer le concours seul durant les derniers mois qu’il me restait mais sans grand succès, je ne voulais pas renoncer ni perdre mon temps alors je me suis renseigné auprès des écoles Belges qui acceptent les étudiants sur dossier. J’ai préparé un dossier, ou plutôt un gros colis pour une école bruxelloise, nommée à l’époque IORT (Instit d’Optique Raymond Tibault) mais dorénavant IIP (Institut Ilya Prigogine). Elle est rattachée à la HELB (Haute Ecole Libre de Bruxelles). Celle-ci m’a acceptée, je suis entré dans une promotion de 80 étudiants qui deviendra une promotion de 15 en troisième année, cela dû à la retombée de la non reconnaissance de la profession de psychomotricien en Belgique, de 2015.

En effet, le diplôme provenant du bachelier en psychomotricité (licence) est valide et reconnu par l’état belge, mais la profession quant à elle n’est pas protégée. Plusieurs actions sont en cours encore à ce jour pour faire revenir la ministre de la santé sur sa décision (elle considère que les psychomotriciens ne sont pas nécessaires, que avec les kinésithérapeutes et les ergothérapeutes, c’est suffisant) à différents niveaux (fédéral et européen).

Mon école a plusieurs particularités, celle de ne diplômer que les plus de 23 ans par souci de maturité, et de proposer 3 grosses journées de cours et 2 journées libres pour avoir un job étudiant. Cela s’appelle l’enseignement en Promotion Social. De plus, l’école propose 12 mois d’Erasmus divisible en deux si on le souhaite. On peut également effectuer ces 12 mois à l’étranger l’année suivant notre diplôme, toujours avec le statut d’étudiant.

Mes études étant réparties sur 4 ans du fait de mon âge, j’en ai profité pour faire deux stages Erasmus. L’un à Copenhague à L’UCC ( University College Copenhagen) dont les locaux de psychomotricité se situent à Hillerod, une petite ville au Nord de Copenhague. J’étais alors avec des étudiants Français, Espagnols, Vietnamiens, Danois…

J’ai découvert leur vision de la pratique de la psychomotricité. Les cours Danois sont répartis autour de 3 grandes sphères :

  • Education sportive (mais exercices tournés « psychomoteurs »)
  • Psychothérapie
  • « Massage thérapeutique » qui est une technique bien précise 

Au Danemark la psychomotricité est pratiquée auprès des adultes et des personnes âgées, pour les enfants nous retrouvons une formation de pédagogue en deux ans. 

« L’atmosphère du pays est très agréable avec le « HYGGE » une sorte de philosophie de vie, « cocooning », conviviale où prendre de la distance avec nos préoccupations est le maître mot. « 

Après un nouveau semestre en Belgique je repars en Erasmus en France cette fois pour 4 mois de stage. D’origine française, j’en apprends peu sur la culture mais la reconnaissance du métier dans les institutions publiques me surprend positivement. En Belgique, si les études sont reconnues, la psychomotricité n’est pratiquée que dans le secteur privé (majoritairement en cabinet). Cela change peu à peu avec l’ouverture de centres pluridisciplinaires où nous travaillons avec des logopèdes (orthophonistes), kinésithérapeutes, médecins, ergothérapeutes, psychologues…

Certaines personnes travaillent aussi dans des services publiques mais souvent sous un autre titre que psychomotricien (double diplôme avec la kinésithérapie par exemple).  D’autre part, venir en France me rassure sur l’apprentissage théorique que l’on a en Belgique, la différence se trouverait dans certains auteurs pris en exemple et ressources théoriques, et dans la sphère relationnelle qui est très développée au sein de mon école.

Aujourd’hui j’aime ma vie en Belgique mais je souhaiterais tout de même travailler dans un autre pays. Les équivalences pour la France sont aujourd’hui gelées je pense donc me tourner vers la Suisse.

benjaminnasschaert@gmail.com 

Propos recueillis par Elise

Psychomot en Polynesie francaise

Apres 18 ans dans la marine comme photographe de guerre, quelques tours du monde et quelques guerres, je fini ma carrière en Polynésie française. Je deviens moniteur de plongée, un travail qui me fait découvrir le milieu du soin en accompagnant des jeunes porteurs de handicap mais qui est peu compatible avec ma vie de famille. Je dois me déplacer sur les îles de l’archipel et je travail souvent le week-end au grand désespoir de ma femme qui est infirmière avec autant de contraires professionnelles.

Je décide alors de rentrer à la FAC de médecine de Tahiti qui est une branche de la fac de Bordeaux. Celle ci offrait 2 places de psychomotricité à qui réussirait à se classer. Une fois accepté je m’envole pour la métropole et effectue mes 3 ans d’études à Bordeaux . Je fais un mémoire sur l’eau tout en notant que les références principales traitent de l’exploration de la médiation aquatique uniquement en surface et non sous l’eau.

De retour a Tahiti j’ouvre mon cabinet et continue la plongée à coté, un post en pédopsychiatrie s’ouvre avec la médiation plongée. Je saisi l’occasion et me retrouve à plonger avec des jeunes autistes. Une médiation passionnante qui mériterait son propre article …

L’organisation des soins psychomoteurs n’a pas été aisée en pédopsychiatrie. On se déplaçait pour rencontrer les patients sur différentes îles. Le temps de latence entre deux séances nous a fait choisir un mode de prise en charge basé sur l’éducation thérapeutique du patient et de mini formations avec le personnel et les aidants sur place… quand il y en avait. Le matériel devait rentrer dans un petit sac, c’est alors que l’environnement est devenue ma première source d’inspiration (mer, sable, arbre etc… De plus, en Polynésie française beaucoup de croyances tournent autour de l’eau et de la terre.

Aujourd’hui, j’interviens à l’hôpital en « transversal », c’est à dire que je suis présent sur plusieurs services allant de la chirurgie avec la prise en charge de la rééducation des membres fantôme jusqu’à la néonatalité en passant par la psychiatrie. Un gros travail de sensibilisation et d’explication de mon travail est nécessaire auprès des équipes soignantes, je prends beaucoup de temps pour montrer et expliquer les prises en charges et surtout les résultats de celles-ci.

propos recueillis par Elise

la solidarité internationale en 4 points positifs

On doit bien le reconnaître, nos articles sont  critiques sur la solidarité et l’humanitaire

 solidarité internationale – Oui, mais pourquoi ?

Notre objectif est de casser l’image du génialissime occidental n’écoutant que sont courage et sa bonté pour aller implanter la bonne façon de soigner.

« Aller ! Range les aiguilles acupuncture et ta tisane de plante verte je vais t’expliquer!   » pourrait on dire aux pratiquants de médecines asiatiques.

De mettre en garde contre les organismes qui transforment la solidarité en un business

1 chemin pour 2 parcours

Surtout, de faire réfléchir sur ce pourquoi on part : besoin de fuir une situation problématique, de prendre le temps de réfléchir sur soi , de s’acheter une conscience…

bien choisir sa mission de solidarité internationale

Ainsi que de réfléchir à ce qu’on laisse dernière nous en partant «  des soins psychomoteurs durant 2 mois puis plus rien pendant 10 autres mois ,  Un nouveau psychomotricien tout les mois,  qu’en est-il de la relation thérapeutique, de la confiance et du vécu abandonnique. 

Néanmoins

Loin de nous l’idée de vous couper l’envie d’être solidaire par peur de faire plus de mal que de bien.  Cet article est uniquement consacré aux points positifs de la solidarité internationale.

  1.  Échanger

Il faut bien l’avouer, parfois les professionnels sur place sont souvent débordés et épuisés. Ils nous voient arriver et nous « refilent » plus qu’ils ne nous expliquent les patients à charge.  On est alors considérées comme de la main d’oeuvre gratuite !

Regardons le bon côté des choses. Nous leur offrons un relais, chose qu’ils n’auraient jamais pu se permettre. On connait toutes les dérives que peuvent engendrer l’épuisement professionnel (qui est souvent déjà là même avant notre arrivé). De plus nos interventions sont souvent une maigre réponse dans un désert médicale, est ce mieux que rien? est ce de l’assistanat plutôt que de l’aide? je vous laisse le loisir de méditer. 

Si l’utopie est permise on peut aussi imaginer que petit à petit avec la venue d’une équipe régulière un lien va se créer et progressivement une véritable sensibilité au métier ou simplement à certaines techniques peuvent émerger.

Certaines associations mettent chaque année des fonds de côté pour pouvoir financer une formation aux professionnels sur place. C’est rare mais ça arrive. 

 2. Revaloriser 

Autant les professionnels que les patients. Que ce soit de nous voir, nous les Français avec tout notre savoir , négocier des heures avec Lisa pour qu’elle fasse quelque chose au même titre que n’importe quelle autre personne qui s’est aussi essayé des heures pour faire bouger Lisa. Où encore entendre des « bah c’est bon ! ça je le fait déjà! » lancé par un professionnel sur place.  Ce sont autant de façon de valider leur travail, de les gratifier.

Pour les patients c’est un peu plus complexe, ce qu’il va garder de notre intervention va dépendre du temps que nous restons, de ses capacités cognitives de son investissement dans une relation (qu’il sait) éphémère. Un peu d’attention, de félicitations, de mise en valeur par une personne avec un regard neuf, et bien même si ce n’est qu’une fois ça fait du bien.

3. Se faire connaître 

Mine de rien « I am psychomotor thérapist, I work on the link betwen the body and mind »  On informe on parle de notre métier et en humanitaire on le montre. C’est une voie par laquelle on s’implante, quand une action de création du métier est mise en oeuvre, certaines instances ont déjà entendues parler de la discipline.

4.  M’échanger – Me revaloriser – Me connaître

On part aussi beaucoup pour soi, se tester, se changer, se revaloriser personnellement ou professionnellement et pour apprendre à se connaître. Parce qu’il n’y a que dans un contexte comme celui là où l’on ouvre grand nos canaux sensorielles pour ne pas manquer une miette de découverte.

Elise

Par où commencer ? Psychomotricienne en Guyane française

La psychomotricité, les études, le DE, la soif de découverte, de voyage, de culture, de rencontre, la Guyane, le coup de coeur…?

Pour faire simple, je suis psychomotricienne en Guyane Française depuis maintenant trois ans. Résumer ces trois années me serait bien difficile, mais ce qui en ressort le mieux reste encore ce coup de coeur. Un coup de coeur sincère pour ce petit bout de France en Amérique du Sud, ce département si mal connu et pourtant si riche. Un mélange haut en couleur, entre l’amérique latine et l’afrique, teinté d’un bout d’asie, avec une mixité culturelle à vous faire saliver les voyageurs les plus expérimentés, et tout ça aux portes de l’amazonie, grande et majestueuse…

L’arrivée pourtant n’a pas été si aisée, trouver sa place professionnelle autant que personnelle, se recréer des repères, apprivoiser un nouvel environnement, des nouvelles personnes, un premier poste avec de vrais collègues et de vrais patients aussi. C’est donc auprès d’adultes, au sein d’un SSR, que je me suis lancée dans cette aventure Guyanaise. Le SSR, l’AVC, les neuropathies, les amputations, les PTH et PTG… autant de termes que je connaissais certes, mais sur le papier. Un vague souvenir peut-être de quelques heures de cours sur la prise en charge d’adultes en post AVC, sur l’accompagnement par rapport à l’héminégligence. Mais rien (ou si peu) sur l’impact culturel dans la prise en charge.

Les débuts donc, ont été un peu difficiles. Comment appréhender en tant que jeune professionnelle tout juste diplômée un milieu qui m’est totalement inconnu, des personnes souffrants de pathologies que je ne maîtrise pas, la rencontre avec tant de cultures et de langues parlées différentes (créoles, portugais, espagnol, hollandais, anglais, et des dizaines de dialectes de toutes sortes…). Comment trouver et faire sa place dans une équipe alors que j’ai moi-même du mal à définir mon rôle? Perdue au milieu du plateau technique des kinés, débordée par le nombre exorbitant de patients à voir, aspirée par des tâches, certes humaines mais hors de ma pratique professionnelle…. La théorie dans tout ça, m’a parue bien obsolète et bien pauvre au début. Faire des transferts pour soulager les équipes soignantes, porter les patients dans des espaces exigus pour leur permettre d’être assis au péril de notre dos car nous n’avons ni place ni matériels adaptés, seulement les bras et la motivation des jeunes professionnels que nous sommes. Parce que oui l’équipe est jeune et l’équipe change, beaucoup, souvent, le travail est ingrat et déprimant face à la souffrance. Nous passons plus de temps dans le brancardage, à slalomer entre les seaux disposés un peu partout pour paliers aux différentes fuites d’eau, à nous battre dans l’ascenseur lorsque celui-ci est bloqué, à changer les patients pour que les équipes soignantes n’aient pas à choisir entre la distribution des médicaments et les changes…

Notre métier dans tout ça, nous n’avons ni beaucoup de temps ni d’espace pour le faire, encore
moins pour le faire correctement. Entre l’usine et le dispensaire, la clinique ne fait pas bonne figure.
Mais il faut avancer, continuer et donner. Vous me direz que la psychomotricité est une profession de la relation, qu’il est nécessaire de prendre le temps, que le psychomotricien est à l’écoute, disponible psychiquement etcorporellement, qu’il ne peut pas travailler avec un flux de patients trop important afin d’être présent à chaque moment… c’est vrai, entièrement vrai. Mais alors qu’est-ce que j’aurais dû faire ? ou pu faire ? J’ai tout misé sur l’adaptation, quitte à en oublier un peu le cadre de mon métier, de ma place au début… J’étais la seule psychomotricienne, je n’avais ni salle, ni matériel, ni prescription adaptée. Et malgré une équipe jeune et dynamique, ma place de psychomotricienne n’était absolument pas établie, ni bien connue et comprise d’ailleurs. Et là, et bien, j’ai fait des choix, peut-être pas les meilleurs, mais les seuls qu’y m’étaient accessibles à ce moment là. Le bilan, ce fameux bilan psychomoteur, a été relégué au second plan. Trop long, trop théorique, absolument pas adapté au contexte, pas suffisamment maîtrisé non plus. J’ai cherché des solutions pour me démarquer de mes collègues ergothérapeutes, kinésithérapeutes, orthophonistes… La théorie me semblait bien pauvre et pas assez solide pour pouvoir m’appuyer dessus de façon sécure. C’est dans la relation avec mes patients que je me suis réfugiée. Malgré la barrière de la langue, presque systématique, malgré des cultures parfois diamétralement opposées d’un patient à l’autre (entre haïtiens, créoles, bushinenge, amérindiens, brésiliens, antillais….), malgré des locaux inadaptés…

j’ai finalement fait ma place petit à petit. Et c’est presque sans m’en rendre compte que je suis devenue psychomotricienne. Ce n’est pas, ou pas totalement ce fameux DE, ce bout de papier qui m’a appris le métier, mais bien la relation aux gens, la façon d’être en relation, d’écouter, d’observer, de parler avec et par le corps.

Il m’a fallu ces presque trois ans pour me sentir psychomotricienne, pour me sentir légitime dans une équipe pluridisciplinaire. Nous sommes maintenant 4 psychomotriciens dans la structure et je ressens le besoin de revenir à la théorie. Il me semble maintenant en comprendre l’enjeu réel alors qu’elle me semblait auparavant bien trop éloignée de la pratique que j’ai rencontrée, je me suis presque sentie trahie, abandonnée par cette théorie sur laquelle je n’ai pas réussie à m’appuyer.

Pourtant, en relisant ces lignes, je me rend compte que mon métier de psychomotricienne a toujours
été présent, dès le début, simplement un peu caché derrière des doutes et remises en question de mon identité professionnelle autant que personnelle. L’arrivée en Guyane m’a bouleversée, débusqué dans mes habitudes et mon petit confort. L’installation, la perte des repères, l’éloignement physique de ma famille, la découverte de nouvelleS cultureS, de nouveaux codes sociaux… autant de choses, j’imagine, que la majorité de ceux qui ont fait le choix de partir vivre ailleurs ont connu. Bouleversements des sens et des émotions, avec leurs lots de rires et de larmes, des rencontres, des séparations… Différent d’un voyage, souvent rassurant par sa limitation dans le temps, s’installer dans un ailleurs quel qu’il soit n’est pas toujours aisé mais tellement riche.

Aujourd’hui en Guyane depuis trois ans, Psychomotricienne assumée, j’ai pris un certain recul par rapport au contexte en focalisant mon regard sur les besoins et les manques dans le domaine de la santé, notamment en psychomotricité. Sans avoir les chiffres, la guyane est l’un des département où la population est la plus jeune en France, quelques études ont déjà été menées et ont largement mis en avant un manque évident de professionnels de santé, et un besoin plus que légitime de psychomotriciens. Je fais aujourd’hui partie du bureau de l’Association des Psychomotriciens de Guyane, et lorsque je lis ou que j’entends des témoignages, lorsque je rencontre d’autres psychomotriciens, de près ou de loin, je suis heureuse de voir que nous avons un bel avenir à tracer. Alors malgré une identité professionnelle parfois un peu difficile à assumer, à expliquer simplement, la psychomotricité est un beau métier et d’ici ou d’ailleurs nous devons nous assumer et nous faire
connaître 😉

mathilde.carbonnier@hotmail.fr