Psychomotricienne en Chine

Diplômer en 1992 (oui,  du siècle  dernier)   Je fais partie de premières psychomotriciennes à ouvrir un cabinet en 1995 en île de France puis en Bretagne en 1997 où l’offre de soins des psychomotriciens est encore plus rare.  Deux premières aventures professionnelles très formatrices.  Les contraintes de la construction d’une vie de famille me font partir du cabinet libéral pour travailler en tant que salarié,  passionnée par le travail et le contact des personnes âgées j’exerce en maison de retraite et en M.A.S (Maison d’accueil spécialisé en maladies dégénératives) jusqu’en 2012.

Jusqu’au jour où mon mari a l’opportunité de travailler en Chine, Toute la famille décolle alors pour  Wuhan . Je partais dans l’idée que je ne pourrais pas exercer comme psychomotricienne, en effet, le régime communiste Chinois interdit toute pratique en libérale et le visas de travail répondent à des critères stricts. Cependant je me rends vite compte que les lois sont plus souples qu’en France et qu’il est aisé de négocier avec l’administration chinoise. Cette expatriation est pour moi l’opportunité de m’investir dans une de mes passions « la gastronomie », pendant 1 an je vais assister le chef cuisinier chinois d’un restaurant français pour adapter ses propositions aux saveurs et gout de la population Chinoise. Mais un jour la psychomotricité me rattrape !

Le directeur de l’école d’entreprise française  de mes enfants connait ma formation et m’interpelle. Il veut que je l’aide pour certains enfants,  il me met à disposition du matériel est des salles. En effet, en chine il y a peu d’infrastructure et elles ne sont pas forcément adaptées de plus je n’ai aucun matériel. J’ai alors travaillé 3 ans dans cette structure auprès de la population d’enfants d’expatrier Français. Le travail était très intéressant cependant la distance thérapeutique était compliquer à maintenir car tous les expatrier habitent dans le même quartier, il est alors facile de s’y croiser et de fréquenter les mêmes personnes. De plus, j’étais la seul professionnel de santé dans la zone avec un médecin urgentiste qui ne s’est jamais senti concerné par mon travail,  je me suis senti bien seule pour communiquer mettre en place des aides techniques ou tout simplement et élaborer sur mes suivies.

La majorité des Français venant en Chine recherche une qualité de vie plus aisée qu’en France il est vrai que la vie est moins chère mais cela peu aussi avoir un revers désolant ou les expatrier se renferment sur eux et ne sortent pas de la communauté Francophone. D’autre part vivre de la psychomotricité n’est pas le meilleur projet pour s’enrichir en chine.  La culture est aussi très différentes de la nôtre, la répression du régime communiste se fait sentir dans les échange ou l’on ne se risque pas à parler de politique. Les médias et réseaux sociaux sont différents  Il vous faut un VPN acheté en France et payant tous les mois pour avoir accès  réseaux sociaux comme facebook etc…   

Puis notre famille a été mutée à Shanghai une mégalopole bien plus cosmopolite ou j’ai travaillé auprès du centre de santé  d’Acadomia  Le réseaux de professionnel de soins c’est alors élargies, il y avait des réunions régulièrement et même si nous étions que deux psychomotriciennes sur la ville cela a été  une bouffé d’air frais de pouvoir échanger sur la clinique. De plus j’ai découvert  Motriciquest  un outil en ligne qui m’a été d’une grande aide que j’utilise encore aujourd’hui.  Mon expérience et mes 3 ans à wuhan ont aussi été bénéfique face à mes employeurs, en effet, lorsque l’on est un(e) jeune expatriée on peu-être fragilisée par la masse de chose à découvrir, à comprendre, le besoin rapidement d’établir une situation financière et malheureusement on peut facilement  ce faire marcher dessus. Il ne faut pas hésiter à ouvrir son champs des possible en postulant dans des centres étranger à commencer par des temps partiels etc… En chine la politique avec les expatrier est très cyclique ils peuvent fermer leur frontière puis les ouvris de nouveaux plus tard.

Garder votre éthique professionnelle, rester claire dans sa façon d’exercer et prévoir un peu d’argent de côté pour pouvoir se retourner.

A Shanghai je recevais majoritairement des enfants d’expatrier français, anglais et aussi des enfants chinois à la recherche de soins médicaux différents. Si je me débrouille en anglais et en chinois il me manque un vocabulaire technique important,  je regret  qu’il n’y est toujours pas de cours de langue dans les études de psychomotricité. Cependant si cela pouvait être un frein pour certaine consigne ou pour l’échange avec les parents je me suis rendu compte que le langage est loin de contenir uniquement des mots et n’a pas été une barrière pour mener mes séances.  Comme je ne pensais pas pratiquer la psychomotricité en chine j’ai dû travailler sans matériel au début puis j’ai progressivement acheté ce que j’ai pu trouver sur place,  peu chère mais avec des normes de sécurité loin de celle de France.

Puis un autre défie professionnel c’est présenté à moi,  l’ISRP m’a contacté pour développer la formation des professionnels de santé chinois à la psychomotricité. Notamment des professionnels en neurologie.  Ils m’ont alors tout mis à disposition pour que je puisse élaborer des conférences, des formations principalement sur l’autisme et la gériatrie. La chine s’intéresse de plus en plus aux soins que l’on peut proposer en gériatrie et les professionnels se sont montrés très intéressés et concernés par la psychomotricité.

Enfin, il m’a fallu rentrer en France me réadapter à la lenteur administrative française et ses nombreuses lois qui ralentissent les procédures. J’ai de nouveau ouvert un cabinet de psychomotricité. Tranquillement je prends du recule sur mes années passées en chine, mes petits patients sont très curieux de cette expérience et me demande souvent si les médiations que j’utilise viennent de chine, ce qui n’est majoritairement pas le cas. Les médecines chinoises étaient trop loin de ma pratique et je ne m’y suis pas reconnue dedans. Exception faite en graphomotricité ou j’utilise la calligraphique chinoise. D’ailleurs il y a surement quelque chose à creuser de se coté là: les français écrivent en cursive les anglais en scripte et les chinois en caractère certains des enfants expatriés changeait de mode d’écriture au sein d’une même phrase. La question se pose aussi en termes d’investissement du geste, de l’émotion mise dans ses écritures.  Chères étudiants,  à bon entendeur! Mon travail en chine est  malheureusement rester sans suite car il n’y a pas eu de remplacement au centre de santé, c’est assez désolant surtout après mettre investie et avoir mis  en place plusieurs choses.

D. Valérie

debois.valerie@gmail.com

Propos recueillie par Elise

Abidjan : retour à domicile d’une psychomotricienne

Presentation

Fille d’expatrié français j’ai grandi en Côte d’Ivoire jusqu’au rapatriement de 2004 suite à une période de trouble politique. Ce déracinement précipité me laisse un goût d’inachevé qui me poussera à revenir m’installer près de 10ans après.
J’entame des études de psychomotricité puis j’exerce pendant 6 ans en IME quand finalement le besoin de rentrer prend le dessus. Je quitte paris, pour retourner sur ma terre d’origine où, par chance, ma famille (qui n’est jamais partie) m’accueille. Elle me sera d’une grande aide pour le démarrage de ma vie professionnelle à Abidjan.
La logistique de l’installation du cabinet et la législation .

Aujourd’hui je travaille donc au sein d’un cabinet pluri-disciplinaire de 5 kiné, 5 ostéo, 1 podologue, 1 art thérapeute, 1 musicothérapeute, 1 médecin mésothérapeute, 1 dietéticienne, 1 orthophoniste et 1 psychothérapeute. Je dois m’inscrire sur le registre des métiers comme « kinésithérapeute- psychomotricienne » car le métier n’est pas connu ni reconnu. La loi impose aux professions libérales d’avoir la nationnalité ivoirienne, que je n’ai pas. Je dois donc m’associer à quelqu’un qui est de nationnalité ivoirienne. Pour m’assurer je dois aussi trouver un autre chemin car le métier n’existant pas les assurances me proposent soit des prix exorbitant soit refusent simplement ma demande. De même que pour mon assurance maladie, je dois passer par la caisse des français à l’étranger.

J’ai la chance de rencontrer une psychomotricienne diplômée de Beyrouth installée depuis un an. Elle a déjà fait un travail concidérable d’information, elle m’accueille, m’encourage et me rassure durant l’installation. Je reprends ce travail auprès des écoles, des médecins, des cliniques et des réseaux de paramédicaux. Je reste présente dans les congrés et les forum concernant le soin et le handicap. Ceux-ci se multiplient, on sent vraiment que la santé est un secteur qui prend de plus en plus d’ampleur.

Expérience et culture

Culturellement, notre métier est bien compris de la population car la dichotomie corps-esprit très présente dans l’histoire occidentale l’est beaucoup moins en Afrique. Mais la question du jeu est souvent remise en cause, dans une culture où le travail ou le soin est synonyme de labeur.

Je reçois alors, une patientèle assez variée au niveau des origines (ivoiriens, libanais, français principalement), mais les tarifs pratiqués en libéral me contraignent à cibler une patientèle relativement aisée. Il existe quelques rares centres d’accueil pour enfants handicapés accessibles à tous dans la ville. Ils sont tenus soit, par des ONG, soit par des bienfaiteurs, soit par des religieux. La plupart des personnes porteuses de handicap sont souvent à la charge de la famille.

Le secteur public quant à lui, ne propose pas de poste de psychomotricien ou sous forme de technicien paramédical avec une grille salarial très basse, or le niveau de vie à Abidjan est comparable à celui en occident (pour les expatriés).

La géopolitique du pays n’est pas toujours très stable, l’insécurité et la corruption sont souvent en toile de fond. Il existe une constallation communautés qui se mélangent peu au premier abord. Mais comme partout, avec le temps, des rencontres et des échanges sont tout à fait possible et très enrichissant.

Le handicap est couvert d’une bienveillance de tous ou d’un déni total mais en fonction des communautés il peut résider certains tabous. Pour certains parents, la salle d’attente est une source d’angoisse car ils peuvent être vu et reconnu. Au fil du temps, la salle d’attente est finalement devenu un lieu de rencontre et de partage d’expériences entre les parents (nounou, chauffeurs, fratrie qui accompagnent les enfants).

La mise en place du cadre m’a demandé beaucoup d’énergie et m’a fait beaucoup douté au départ. Mes bilans ont du s’adapter, d’une part car l’étalonnage n’est pas adapté, mais aussi car le mode de vie est différent. Exemple : l’évaluation  des praxies idéomotrices : en France ma question était  » votre enfant sait-il faire ses lacets ou découper sa viande ? » A Abidjan on mange majoritairement avec les doigts et ont porte des tongs. Mes outils de travail sont différents, les pictogrammes, les références temporelles (les saisons ne sont pas les mêmes) le matériel à disposition dans le pays influence aussi sur ce qu’il m’est possible de proposer (bien que des sociétés commencent à s’installer pour représenter des marques de jeux et/ou matériel pédagogique).

Les particularités du libéral : Fléxibilité et adaptation !

J’ai découvert le libéral, avec son lot de surprises.Gérer les planning avec les embouteillages, les inondations, les annulations de dernière minute sont le lot quotidien dans la ville. La distance thérapeutique avec les patients et leur famille parfois déconcertante, il est alors important de savoir parfois l’accepter et parfois repositionner le cadre. La souffrance des parents, des enseignants démunis, et tout ces petits « à côté » que je ne voyais pas en institution.

La difficulté pour certains médecins de pouvoir poser des diagnotiques, laissant les familles dans le flou venant chercher auprès de cette nouvelle discipline, des réponses et des solutions. Il n’est pas facile mais important pour moi de ne pas franchir les lignes blanches du décret de compétence de notre métier.
Le travail me donne l’opportunité de travailler avec une population variée principalement des enfants, présentant des troubles des apprentissages, mais aussi des bébés, des enfants porteurs d’IMC, mais aussi des adultes avec des troubles psychiatriques : une palette variée qui enrichie ma pratique. Le libéral, par rapport à mon expérience en institution me permet un suivi plus global des patients et de leur famille, du lien avec les système scolaire et les différents professionnels qui interviennent autour du projet de soin : de l’annonce du projet à l’atteinte des objectifs ou d’un nouveau projet, une adaptation passionnante aux troubles, aux différentes cultures.

Le cabinet c’est aussi la découverte de la comptabilité et de l’administratif (mais ce n’est clairement pas ma partie préférée !). C’est aussi l’isolement (surtout au début) même si le réseau paramédical se développe. Je suis suivie en supervision à distance par un psychologue clinicien. Cette dernière année, d’autres psychomotriciennes sont arrivées, d’autres orthophonistes et psychologues (belges, colombienne, américaine, françaises ou libanaises) enrichissent le réseau paramédical. Les partages d’expériences sont très intéressants, un réseau de formation et supervision s’est installé entre nous.

Les perspectives

La Côte d’Ivoire se développe également d’un point de vue public, avec la mise en place grâce à une médecin pédopsychiatre d’un centre diagnostique au sein de l’institut nationnal de santé publique. Cela fait maintenant la troisième rentrée scolaire que je fais à Abidjan, aujourd’hui, s’est développé un réseau avec les quelques psychomotriciens au Sénégal, au Gabon, au Cameroun ou au liban, pour permettre aux expatriés qui sont mutés tous les deux ans, d’avoir un suivis de soin malgré les déménagements. Un projet de travail de groupe avec ma collègue art-thérapeute est en train de se mettre en place. Avec une centre artistique et sportif nous avons proposé la première journée « bien- être » en janvier dernier, réunissant les professionnels artisans de produit bio, huiles essentiels, cristaux, bols tibétains, les particiens en thérapies manuelles, art-thérapie, yoga, pilate, conscience corporelle.

« Avant de s’installer dans un pays il est important de prendre un temps pour s’imprégner de la culture de celui-ci car les schémas de prise en charge et de vie appris vont devoir être remaniés. C’est d’ailleurs ce qui rend l’expatriation si forte en émotion et passionnante « 

laurianechatot@gmail.com

 

Témoignage recueille par Elise 

Un Psychomotricien au Mali

Il est important de souligner que Bakary Coulibaly qui donne ici son témoignage fait appel à la solidarité car par manque de moyens à l’heure actuelle sa salle de psychomotricité n’est pas fonctionnelle. Une première cagnotte a permis de construire les fondations et les murs de la salle, il manque encore le toit, le crépit, la peinture, la fenêtre et la porte, un sol convenable, et bien sûr un peu de matériel. 

Si vous souhaitez le soutenir, vous pouvez interpeller Pauline  son contact en France.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Un grand MERCI à Pauline qui a fait le lien avec Bakary Coulibaly. Avant de plonger dans l’histoire professionnelle de Bakary Coulibaly, arrêtons-nous sur l’histoire de Pauline avec le Mali.

 »  C’est lors d’un de mes séjours à Bamako en 2011 que j’ai rencontré Bakary. L’association POMM (Psychomotricité et Ouverture sur le Monde du Maternage) faisait partir il y a quelques années des étudiants de l’école de la Pitié-Salpêtrière à Bamako, pour intervenir à la pouponnière et à l’AMALDEME aux côtés de Bakary. Je ne suis pas partie dans ce cadre, mais sachant cela j’en ai profité pour aller le voir alors que j’étais en stage en psychiatrie à Bamako après mon DE. Nous sommes restés en contact depuis et nous nous voyons dès que je séjourne au Mali. Malheureusement , POMM n’a plus envoyé d’étudiants depuis cette même année à cause de la crise qui a touché le pays début 2012. Espérons que ce partenariat puisse bientôt se remettre en place ! Bakary mérite vraiment que son projet aboutisse. »